REJOICE FOR BOOKS

IVRE DE LIVRES

Chroniques littéraires de Natalie Vigne (parution régulière dans la newsletter Rejoice), proposant un regard critique sur l'actualité littéraire liée à la musique, qui nous interpelle dans notre écoute musicale, donc dans notre vie. 

 
 
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Natalie Vigne

(nvigne@rejoice.world)
Avocate en Droit des Affaires, Natalie est passionnée par les livres en particulier la littérature étrangère.
En 2018 elle va développer avec Guillaume Huret des soirées thématiques : "Musique et littérature".

 
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NEWSLETTER N°76 MARS

LITTÉRATURE & MUSIQUE

Philippe le Guillou
La Route de la Mer
Gallimard Février 2018

 
Un frère raconte sa sœur qui vient de disparaître, grande Pianiste spécialiste de Liszt, une gémellité mystérieuse et bouleversante, des paysages sauvages, la mer, l’Art, l’Amour et la Musique….
 
Je vous invite avec Philipe le Guillou aux délices d’une très belle écriture ciselée et raffinée, d’un univers délicat et tourmenté dans le même temps, à un récit riche, dense et mélancolique porté de bout en bout par une musique omniprésente.
 
Résumé : Sur les bords de la Tamise où il est venu installer ses dernières sculptures, un homme écoute la "Vallée d'Obermann" de Liszt et se souvient de sa sœur qu’il vient de perdre, la pianiste Anna Horberer. Il revoit sa vie, dans l'ombre de cette femme brillante, très tôt éprise de piano, folle de Liszt et habitée avant tout par sa vocation d'artiste.
Il revoit les lieux d'enfance et retrace l'itinéraire de sa sœur, crainte et admirée, une sœur qui savait capter les regards, les affections et qui lui a tout pris.
 
Ce roman est l’histoire d’une amitié fraternelle sans ambiguïté mais dont il est difficile de s’affranchir. Femme brillante, pianiste surdouée, elle se brûlera dans son art et les excès.
Professeur taciturne, il sublimera sa réserve et son homosexualité dans la sculpture sans jamais perdre de vue la carrière de sa sœur. Leurs vies sont liées, à travers la famille, l’enfance, l’art, la vie politique, les lieux, les paysages et la mer qui hante les pages de ce livre avec mélancolie et une grâce ineffable.
« L’on prétend que certains écrivains écrivent toujours le même livre. Il s’applique bien à Philippe Le Guillou qui, d’un roman à l’autre, déplace les pièces d’un même puzzle, composant des tableaux toujours différents à partir de motifs toujours identiques. Consciemment ou non, cette Route de la mer se structure autour d’une série d’oppositions sous-jacentes : le matériel et l’immatériel, l’art et la politique, la terre et l’eau, Le Havre et Paris, etc. »
Et bien tant mieux c’est ce que l’on appelle un écrivain et c’est pour notre plus grand bonheur !
Je vous invite vivement à lire du même auteur le splendide "Bateau brume".
 
A ÉCOUTER :

La Vallée d'Obermann (Livre 1 des Années de Pèlerinage) :
Cliquez ici
 
Harmonies poétiques et religieuses :
Cliquez ici

Funérailles :
Cliquez ici

Un grand merci à Patrick Laroche, Monsieur "musique classique" de Rejoice, pour sa participation active, pertinente et généreuse au choix des morceaux et de leurs interprètes.

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NEWSLETTER N°72 FÉVRIER

HOMMAGE

Pas de chronique cette semaine mais un hommage. 
Paul Otchakovsky-Laurens (POL) est un éditeur parisien influent. Il est mort accidentellement ce 2 janvier.
Il publiait en 1998 le premier livre de Santiago Amigorena, Une enfance laconique. Un de ces textes littéraires, exigeants, beaux, singuliers, qui faisait l’aura particulière de POL dans le monde de l’Edition.
 
L’écrivain nous raconte leurs vingt ans d’amitié.
Ce texte est tellement beau que je souhaitais le partager avec vous au lieu d'une chronique littéraire.
Vous le savez, chez Rejoice, on fait les choses un peu différemment afin d'essayer, encore et toujours, de vous étonner.
 
TEXTE Santiago Amigorena
« Je me souviens de sa grâce »

 
Comme tant d’autres auteurs qu’il a publiés, j’ai écrit pour lui. Pour lui seul. J’ai écrit des dizaines de milliers de mots qui étaient destinés à un seul lecteur : Paul Otchakovsky-Laurens. Et, parfois, ce lecteur publiait ces mots pour les passer à d’autres lecteurs.

(…) Paul disait qu’il parlait à travers les mots des auteurs qu’il publiait. Savait-il que nous écrivions des mots seulement pour qu’il les lise ?
Lire écrire. Ce sont, en plus de l’amour et l’amitié, les deux seules activités qui m’ont parues importantes pendant toute ma vie.
 
Tout a été trop court avec lui. Tout a été trop rapide. Je me souviens de sa douceur. Je me souviens de sa grâce, de sa délicatesse. Je me souviens de ce silence qu’a début de notre amitié, aussi timides l’un que l’autre, nous partagions parfois pendant de longues minutes lorsque nous déjeunions ensemble.
Je me souviens d’avoir senti souvent, très fort, qu’il était comme mon père – et d’avoir songé aussi, quelque fois, qu’il était comme mon fils.
 
(…) Le manuscrit d’un auteur inconnu qu’il avait reçu ce matin-là par la poste et qu’il venait de lire était mille fois plus important que le prix qu’on venait d’attribuer à un auteur qu’il publiait depuis des décennies.
(…) Et il avait un talent tout aussi formidable, tout aussi exceptionnel : celui d’accueillir chaque livre de chaque auteur qu’il publiait par un enthousiasme tel qu’on avait vraiment l’impression qu’on avait écrit un chef d’œuvre – et qu’on pouvait tout faire, sauf cesser d’écrire.
 
(...) En 1998, dans le premier livre que j’ai écrit, je citais cette phrase qu’on peut attribuer aussi bien à Blanchot qu’à Rimbaud, à Lacoue-Labarthe qu’à Roger Laporte (que Paul avait publié vingt ans plus tôt) : « Lorsqu’on veut enterrer sa mémoire et ses dons, c’est encore la littérature qui s’offre comme terre et comme oubli ».

(...) En 2012, dans l’un de mes derniers livres, dans l’un de nos derniers livres, j’écrivais : « De même que la volonté de ne plus aimer est encore de l’amour et la volonté d’aimer encore ne l’est déjà plus, le désir de ne plus se souvenir appelle encore la mémoire, alors que le désir de se souvenir encore convoque déjà l’oubli. »

 
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NEWSLETTER N°71 JANVIER


TRILOGIE : Ketil Bjornstad

(février 2008 /mai 2012/novembre 2016)

Ketil Bjørnstad, né en Norvège en 1952 est pianiste, compositeur, auteur de chansons, biographe, et écrivain. Les amateurs de jazz, certains réalisateurs de cinéma (Jean-Luc Godard , Ken Loach ….) le savent depuis plusieurs décennies. Sa réputation de romancier, en revanche, est plus récente et date de la publication du 1er volet de ces 3 ouvrages La Société des jeunes pianistes, nocturne délicat dédié à l'adolescence éprise de piano et premier volume d'un ensemble romanesque consacré à Aksel Vinding ; un héros qui ressemble à l'auteur, puisqu'il est son contemporain exact : norvégien et musicien. 

 
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1. LA SOCIETE DES JEUNES PIANISTES

C’est le nom que s'est donné un groupe d'adolescents passionnés, à Oslo, à la fin des années 1960. A la fois amis et rivaux, ils ont en commun l'amour de la musique ; pourtant, un seul remportera le concours du "Jeune Maestro". Tous vont subir une terrible pression de leur entourage, mais surtout d'eux-mêmes. La Société des Jeunes Pianistes est un roman initiatique, grave et subtil, qui évoque le désir, la vie, la mort.

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2. L'APPEL DE LA RIVIERE

Éprouvé par la mort de son grand amour, Anja Skoog, le jeune Aksel Vinding se met à douter de sa future carrière de pianiste. Dans le même temps, il se lance dans une relation avec Marianne Skoog, la mère d'Anja. L'Appel de la rivière est à la fois un roman sur les choix existentiels, les dilemmes moraux et un récit sur la place de l'art dans nos vies. Mais c'est surtout un magnifique roman sur la passion, le deuil et le chagrin.
A l'instar de La Société des jeunes pianistes, la grande qualité de L'Appel de la rivière tient à sa fluidité. Consacré à la transmission, à la mémoire du cœur, ce deuxième tome élargit le spectre des résonances comme on ouvre un piano à queue pour en libérer la sonorité

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3. FUGUE D'HIVERS

Après la mort de Marianne Skoog, Aksel Vinding tente de retrouver goût à la vie. Torturé par la culpabilité, il ne sait plus quelle voie suivre dans sa carrière de pianiste. Jusqu'au jour où il décide de couper les ponts avec tout ce qui le lie à Oslo et de partir pour la Norvège du Nord, dans l'espoir de trouver un nouveau lieu où ancrer sa vie. La rencontre avec Sigrun, la sœur de Marianne, sera déterminante. Sa présence va raviver non seulement le souvenir de Marianne, mais aussi tous les événements douloureux du passé.
 
C’est un récit bouleversant qui laisse une empreinte émotionnelle et musicale en vous, c’est une œuvre poignante, contrastée, nuancée, une musique éclatante.

"Histoires d'amour, histoire de deuil, histoires de musique, c'est à ce concert, en crescendo, que nous invite le Norvégien. Son roman est parfois feutré comme du Vermeer, parfois criant de douleur comme une toile de Munch." 
C’est incontournable et magnifique, virtuose en tous points. Pour celles et ceux qui ont la chance de découvrir cette œuvre, vous allez vibrer, pleurer, rire , être subjugués par le talent immense de ce grand écrivain. 

 
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NEWSLETTER N°69 DECEMBRE

LE JARDIN DE BRONZE

Gustavo Malajovich
Actes Sud
2015
 
Mystérieusement disparue à la sortie du métro en compagnie de sa baby-sitter, la petite Moira n’arrivera jamais au goûter d’anniversaire où l’attend son père. Ses parents placent d’abord tous leurs espoirs dans les appels à témoins, puis se déchirent à mesure que l’enquête policière piétine. L’homme, seul, continuera la lutte. Après une dizaine d’années de recherches et d’innombrables impasses, une petite araignée en bronze déporte l’enquête des pavés de Buenos Aires au cœur des ténèbres d’Entre Rios. Avec pour toile de fond une capitale argentine qui abrite une police corrompue et des médias à la solde du pouvoir, Le Jardin de bronze met en scène la tragédie intime d’un homme qui était loin de deviner la terrible vérité qu’il va découvrir.
 
Intrigue implacable, rythme effréné, richesse et complexité des personnages, écriture au cordeau, c’est un thriller unique à ne manquer sous aucun prétexte ;
 
Je vous souhaite à toutes et à tous de très belles fêtes de Noël et de fin d’années ; de très bonnes lectures et de très belles découvertes musicales et artistiques ; de joyeux et doux moments en famille et auprès de ceux qui vous sont chers et vous retrouve en 2018 à nouveau pour vous parler de littérature et de musique. 
 
 Vive la Musique, Vive le Verbe, Vive la Vie

 
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NEWSLETTER N°68 NOVEMBRE

Pour ce deuxième volet de votre panier de Noël, je vais parler d’Amour avec un grand A !

A la faveur de la sortie de plusieurs correspondances amoureuses remarquables, tant par la qualité de leurs protagonistes que par la qualité littéraire exceptionnelle de celles-ci et enfin de l’éclairage qu’elles font sur l’époque concernée ; vous pouvez les ouvrir,  choisir un ou deux échanges épistolaires puis les laisser reposer et les retrouver plus tard au coin du feu avec un bon thé,  tout en écoutant les playlists divines de Rejoice ; elles sont toutes plus belles et émouvantes les unes que les autres ; aussi le choix a été difficile ; voici mon petit florilège ; en attendant la liste de polars dingues et incontournables que je vous prépare pour mon dernier panier de Noel.

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CORRESPONDANCE

Albert Camus Maria Casarès
Gallimard
2017

 Le 19 mars 1944, Albert Camus et Maria Casarès se rencontrent. L'ancienne élève du Conservatoire national d'art dramatique, originaire de La Corogne n'a alors que vingt-deux ans. Parlant parfaitement français, elle a débuté sa carrière d'actrice en 1942, au moment où Albert Camus publiait L'Etranger et Le Mythe de Sisyphe chez Gallimard. Albert Camus vit alors seul à Paris, la guerre l'ayant éloigné depuis deux ans de son épouse Francine, enseignante à Oran. Sensible au jeu, au tempérament et à la beauté de l'actrice, Albert Camus lui confie le rôle de Martha pour la création de sa pièce Le Malentendu en juin 1944.

C’est l’histoire d’une passion qui durera jusqu’à la mort accidentelle de Camus en 1960. Durant toutes ces années, Albert et Maria n'ont jamais cessé de s'écrire, notamment lors des longues semaines de séparation dues à leur engagement artistique et intellectuel. Sur fond de vie publique et d'activité créatrice, leur correspondance croisée, demeurée inédite jusqu'à ce jour, révèle quelle fut l'intensité de leur relation intime. Nous savions que l'œuvre d'Albert Camus était traversée par la pensée et l'expérience de l'amour. La publication de cette immense correspondance révèle la pierre angulaire de cette constante préoccupation : l'amour, l'inévitable amour. "Quand on a aimé quelqu'un, on l'aime toujours", confiait Maria Casarès bien après la mort d'Albert Camus ; "lorsqu'une fois, on n'a plus été seule, on ne l'est plus jamais".
Je vous invite par ailleurs à découvrir un très joli livre relatif à leur très belle histoire dont le titre me bouleverse « Tu me vertiges « de Florence M. FORSYTHE (éditions le Passeur).


LETTRES À YSÉ 

Paul Claudel
Gallimard
2017
 
Voici la correspondance tant attendue entre Paul Claudel et Rosalie Vetch, qui fut le modèle d'Ysé, l'un des personnages de sa piéce Partage de midi et de Doña Prouhèze dans Le Soulier de satin.

Chaque lettre nous apporte des détails ignorés sur une aventure encore largement incomprise. Mais les révélations de loin les plus précieuses touchent à la destinée exceptionnelle des deux partenaires principaux, observés à travers un demi-siècle : 1900-1951. LUI entend n'avoir pour ELLE aucun secret. Il se montre dès lors sous toutes ses faces : l'homme si sauvagement solitaire, mais également aux prises avec autrui ; le diplomate en action ; le créateur au sommet de son art ; l'amant enflammé, mais aussi le mari mortifié ; sa foi en insupportable conflit avec sa passion - car tous ces versants se rencontrent : "Pour être un artiste, il ne sert à rien d'avoir Dieu au cœur si l'on n'a le diable au corps !". Quant au couple qu'ils s'épuisèrent à former, ELLE et LUI, l'apport du courrier claudélien se révèle incontournable.

 
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LETTRES À ANNE

François Mitterand
Gallimard
2016
 
En 1962, un homme politique français de 46 ans rencontre, chez ses parents, une jeune fille de 19 ans. La première lettre qu'il lui adresse le 19 octobre 1962 sera suivie de mille deux cent dix-sept autres qui se déploieront, sans jamais perdre de leur intensité, jusqu'en 1995, à la veille de sa mort. 

Les lettres nous dévoilent des aspects totalement inconnus d'un homme profondément secret que chacun croyait connaître, et surtout, on oublie totalement l’homme politique qu’il fût grâce à la beauté de ses lettres, à l’écriture sublime de celles-ci, à leur érudition incroyable ; c’est de toute beauté, à lire absolument.

Un petit extrait « Je bénis, ma bien-aimée, ton visage où j'essaie de lire ce que sera ma vie. Je t'ai rencontrée et j'ai tout de suite deviné que j'allais partir pour un grand voyage. Là où je vais je sais au moins que tu seras toujours. Je bénis ce visage, ma lumière. Il n'y aura plus jamais de nuit absolue pour moi. La solitude de la mort sera moins solitude. Anne, mon amour. » Et la correspondance prend fin le 22 septembre 1995 : « Tu m'as toujours apporté plus. Tu as été ma chance de vie. Comment ne pas t'aimer davantage ?»

Enfin je vous signale trois échanges épistolaires bouleversants et indispensables à la Vie :
- Vladimir Nabokov : Lettres à Vera (Fayard 2017)
- Paul Éluard : Lettres à Gala (Gallimard 1984)
- Kafka : Lettres à Milena (Gallimard 1988)

 
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NEWSLETTER N°68 NOVEMBRE

PARTIE 1 : ROMANS ÉTRANGERS

Ravie de vous soulager de la lourde tâche d'avoir à choisir entre les nombreux livres que l'on vous proposera à l'occasion des fêtes de Noël.
Très exceptionnellement j'ai l'autorisation de vous proposer des œuvres qui ne sont pas directement liées à la Musique.
 
J'ai pris le parti de vous faire cette sélection en trois parties que vous pourrez découvrir au fil des prochaines newsletters (romans étrangers, correspondances, polars).
Pour aujourd'hui je vous embarque à l'étranger ; prêts pour le voyage : c'est parti on décolle pour le Vietnam.


TERRE DES OUBLIS

Duong Thu Huong
Le Livre de Poche
2007
 
Alors qu'elle rentre d'une journée en forêt, Miên, une jeune femme vietnamienne, se heurte à un attroupement : l'homme qu'elle avait épousé 14 ans auparavant et qu'on croyait mort en héros est revenu. Entre-temps Miên s'est remariée avec un riche propriétaire terrien, Hoan, qu'elle aime et avec qui elle a un enfant.
Mais Bôn, le vétéran communiste, réclame sa femme. Sous la pression de la communauté, Miên retourne vivre avec son premier mari.
Au fil d'une narration éblouissante, l'auteur plonge dans le passé de ces trois personnages, victimes d'une société pétrie de principes moraux et politiques, tout en évoquant avec bonheur la vie quotidienne de son pays, ses sons, ses odeurs, ses couleurs... DUONG THU HUONG est une conteuse hors pair au talent magistral.

"Terre des oublis", roman de l'après-guerre du Viêt-Nam, est un livre inoubliable.

 
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NEWSLETTER N°66

WUNDERKING

Nikolai Grozni
Aux éditions Plon
2013

Bonjour à toutes et à tous, me revoilà avec un livre
que j'ai lu avec ferveur lors de sa sortie
et dont vous ne sortirez pas indemne. 

Bulgarie, Sofia 1987, Konstantin, quinze ans,
jeune pianiste de génie orgueilleux et arrogant,
sensible et cruel, inscrit à l’Ecole Supérieure de Musique, nous raconte à travers ses yeux d’artiste prodige mais surtout d’adolescent désabusé les derniers mois de l’URSS en Bulgarie.

Ce roman d’une puissance littéraire rare nous fait revivre deux années dans la vie de Konstantin,
sa relation houleuse avec ses parents conformistes,
sa constante opposition à la direction de l’école dans laquelle il fait les quatre cent coups entre deux récitals de piano, entre Brahms et Chopin. Il nous imprègne
de son amour pour la musique et le piano, nous entraîne avec lui dans une spirale infernale, partagé entre son envie de suivre la marche pour devenir un pianiste d'avenir et sa volonté de résister à la folie du communisme. 

Ce qui fait briller le roman de Grozni, c’est son écriture furieuse et lumineuse à la fois, qui mêle la révulsion
de Konstantin pour ce qui l’entoure et son amour
de la musique avec une merveilleuse harmonie.  

L'auteur est capable de passer en quelques phrases
d’une situation dramatique ou violente à une envolée mélodieuse, jouant avec les notes, les mots
et les émotions comme un pianiste fou, tout comme Konstantin est capable de passer brutalement
de la violence physique et morale au réconfort
de ses sonates et ses ballades. 

Ce livre résonne en nous avec un souffle et un rythme romanesque et musical dont on guette les variations comme des rebondissements et dont l'on sort sans voix.

Vive la Musique, vive la Littérature , vive la Vie.

Attention, pour la prochaine newsletter, je vous prépare un petit best-of "panier de Noël" dans lequel vous aurez quelques-uns de mes grands coups de cœur... pas forcément liés à la musique (oui, oui, j'ai eu l'autorisation exceptionnelle du Boss).
 

 
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NEWSLETTER N°64

CONFITEOR

Jaume CABRE
Aux éditions Actes Sud
2013

Bonjour à tous, c'est un plaisir de vous retrouver
pour cette nouvelle saison après ce break estival. J'espère que certains d'entre vous en auront profité
pour lire certains des ouvrages dont je vous ai parlé
au cours de l’année passée. 

Pour cette rentrée, on commence par du lourd,
du très lourd, un chef d’œuvre absolu, un coup de poing que j’ai reçu à la lecture de cette œuvre majeure, immense, dont vous ne sortirez pas indemne. 
800 pages et huit années de travail
pour Jaume CABRE, auteur catalan virtuose.
 
Je vous envie d’avoir à découvrir ce joyau
de la littérature, une œuvre-monde dont le personnage central, un violon, nous permet de traverser
des époques, des lieux, des histoires remarquables
et inouïes, tout cela porté par une écriture à priori complexe, mais qui, après un petit effort de quelques pages, devient fluide et incandescente.
Juste avant de perdre la mémoire, Adria (un homme)
se met à l’écriture d’une longue lettre à l’amour de sa vie, pour lui expliquer son parcours, ses décisions
et surtout certains faits cachés, presque inavouables,
qui ont marqué son existence.

Un violon, une médaille et un morceau de tissu
sont les éléments clés de ce récit, prenant
et émouvant. Adria révèle le chemin parcouru.
Adria Ardèvol est un jeune barcelonais,
élevé par des parents exigeants, qui manifestent
des attentes énormes pour leur unique enfant.
Le père veut que son fils devienne un humaniste polyglotte et la mère veut faire d'Adria
un virtuose du violon. 

Au centre de ce livre : 
Sara, la femme à qui s’adresse cette longue confession, ce "Confiteor" aux nuances musicales envoûtantes. 
Sara, la femme présente et même l’absente,
celle qu’Adria aime par-dessus tout. 
"Confiteor"
 est un extraordinaire roman d’amour, l’histoire d’une passion dévorante, douce dans ses présences mais douloureuse dans ses absences.
Mais aussi Bernat Plensa, l’ami fidèle.
"Confiteor" est un roman d’amitié !
L’amitié entre Bernat et Adria traverse le temps
et les tempêtes. 
Sans oublier Lorenzo Storioni, luthier de profession,
et bien évidemment, le violon ! "Confiteor",
c’est aussi l’histoire de ce violon,
personnage presque central du roman. 
Un violon, des musiques, tout le roman
aurait pu être écrit sur une portée, aux vibrations
des notes d’une sonate de Schuman
ou d’un trio pour violon de Schubert.

Un violon qui nous transporte au XVIIe siècle où l’on tue pour le posséder mais aussi, au milieu des camps
de concentration ... où la mort est aussi prétexte au vol, 
à l’extorsion. «Confiteor» est un roman musical !
C'est aussi une quête de la vérité, d’une vérité cachée derrière l’opacité de l’histoire et du présent. 

En plus des histoires d’amour et d’amitié,
en plus des mystères qui entourent son passé, Adria nous révèle graduellement le long chemin parcouru
pour découvrir la genèse de la fortune familiale ;
c’est une véritable enquête culturelle à travers les siècles.
Adria garde jusqu'au bout une foi intacte en l'art
et la musique, qu'il voit comme une "façon de s'entendre avec la vie, avec les mystères de la solitude,
avec la certitude que le désir ne s'ajuste jamais
à la réa­lité". 
 
J’ai toujours peur avec de tels joyaux de ne rendre hommage ni à son auteur ni au livre lui-même.
Un extrait:
"... l’œuvre d’art naît de l’insatisfaction; le ventre plein, on ne crée pas d’œuvre d’art, on fait la sieste."
 
Je ne vais pas vous faire mon Guillaume Huret,
"achetez-le, si cela ne vous plaît pas, je vous rembourse" ; vous êtes beaucoup trop nombreux !
Mais quand on a la chance de découvrir une œuvre pareille : vive la littérature, vive la musique, vive la vie !
 

 
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NEWSLETTER N°62

Corps et âme

Frank Conroy
Aux éditions Folio
1996

À New York, dans les années quarante, Claude
est un jeune garçon qui passe son temps à ne rien faire. À six ans, il attend sa mère, excentrique,
chauffeur de taxi.
Il vit dans un appartement en sous-sol et n'aperçoit le monde extérieur que par le soupirail
qui s'ouvre sur le séjour.
Mais dans la chambre du fond, enseveli
sous une montagne de vieux papiers, se trouve
un petit piano désaccordé.
En déchiffrant les secrets de son clavier,
Claude va se découvrir lui-même : il est musicien.
Ce livre est l'histoire d'un homme dont la vie
est transfigurée par un don. Son voyage, à l'extrémité d'une route jalonnée de mille rencontres, amitiés, amours romantiques, le conduira dans les salons
des riches et des puissants, et jusqu'à Carnegie Hall...
La musique, évidemment, est au centre du livre - musique classique, grave et morale, mais aussi le jazz, dont le rythme très contemporain fait entendre
sa pulsation irrésistible d'un bout à l'autre du roman. Autour d'elle, en une vaste fresque à la Dickens, foisonnante de personnages, Frank Conroy brosse
le tableau fascinant, drôle, pittoresque et parfois cruel d'un New York en pleine mutation.
 
Corps et Âme est une histoire simple mettant en scène des personnages extraordinaires.
À travers ce livre, nous traversons deux décennies
de l’histoire des Etats Unis. Mais le véritable moteur
de ce merveilleux livre est la musique
avec un grand « M ». La musique classique, le jazz,
le be-bop, le blues, le boogie-woogie…
Avec Claude on écoute tour à tour  Mozart, Schubert, Bach mais aussi Bartók ou Art Tatum.
 
Je vous envie si vous ne l’avez pas encore lu;
ce livre est un régal et un émerveillement permanent d’émotions et de mélancolie.

 

 

 
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NEWSLETTER N°61

Le temps où nous chantions

Richard Powers
Editions 10/18
2006
 
Attention chef-d’œuvre, je pèse mes mots,
et immense fresque autour de la Musique.
Tout commence en 1939, Délia et David se rencontrent lors d’un concert. 
Délia est noire, fille d’un charismatique médecin
de famille de Philadelphie, passionnée de musique
et dotée d’un talent réel pour le chant.
David est blanc, juif allemand, et a fui l’Allemagne nazie pour se réfugier dans un pays qu’il ne comprend pas;
il est physicien et professeur à l’Université de Columbia.
Une rencontre improbable
qui n’aurait jamais dû avoir lieu et qui ne fut possible que grâce à leur passion commune pour la Musique. 
Contre l’avis de tous, Délia et David se marièrent.
Mais les difficultés qu’aura à surmonter
ce couple mixte seront innombrables. 
Ils élèveront trois enfants et nous suivrons
chacun d'entre eux tentant d'imaginer son destin
aux États-Unis.
Ce livre couvre cinquante ans d'histoire américaine autour de la musique, omniprésente, véritable thème
de ce très beau roman et personnage central
et flamboyant de ce bouquin incontournable.
Une écriture d’une beauté inouïe pour un livre
d’une richesse extraordinaire.
Des personnages magnifiquement bien campés,
d’une grande humanité, d’une grande justesse.
Après toutes ces années l’émotion est intacte;
c'est magnifique : surtout ne pas passer à côté.
 
Pour les gourmands qui souhaiteraient découvrir d’autres œuvres de cet auteur, je vous le déconseille :
ses autres livres ne sont pas à la hauteur de celui-ci. 

 

 

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Le Violon Noir

Maxence Fermine
Aux éditions Points
2003
 
En 1795, Johannes Karelsky est un violoniste de génie, son seul but est d'écrire un opéra.
Jusqu'à ses 17 ans il est "exhibé" devant toutes les cours d'Europe.
Mais à la mort de sa mère, il se fixe à Paris et vit
de ses cours d'enseignement du violon. 
A 31 ans, il rejoint les guerres napoléoniennes;
blessé lors de la campagne d’Italie, le talentueux violoniste trouve refuge à Venise, dans l’atelier
de l’étrange Erasmus, luthier féru d’échecs.
Une intense complicité, faite de silence et de musique,
se noue entre les deux hommes.
Au point qu’Erasmus souhaite partager son secret :
un violon noir qui reproduirait le son envoûtant
d’une voix de femme… 
Mais ce violon noir va causer la perte de tous…
Je n’en dis pas plus : c’est un petit livre court
très poétique et envoutant sur le pouvoir de la Musique, des sons, de la Passion et de la perte de l’Amour. 

 
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NEWSLETTER N°59

Soif de musique, de Romel, 
publié chez Daphnis et Chloé en 2016 :

 
Formidable de pouvoir à nouveau défendre un bon livre chez un petit éditeur quasiment inconnu aujourd’hui,
et quel titre merveilleux ! 
Pas moins que le livre lui-même, véritable déclaration d’amour à la musique et en particulier à la musique classique.
 
Nous suivons les pas d’Hector, jeune surdoué
dont le seul moyen de communiquer et de vivre
est de s’exprimer au travers de la musique avec
son piano.
Père chef d’orchestre et mère pianiste, il est prodige
dès son plus jeune âge avec l’aide de professeurs hauts en couleur et après les concours internationaux
les plus exigeants, il devient, à vingt ans, reconnu
et demandé dans le monde entier.
 
Toutefois le génie a ses limites; que fait on de cette virtuosité dans la vie profane ?
Que reste-t-il de ce génie quand on l’a usé si jeune
au point de ne plus se sentir vivant ?
 
C’est un très joli livre d’une écriture subtile,
dans lequel une fois encore la Musique
est le personnage central et vital.
Un extrait pour vous mettre en appétit :
« Lorsque tu entends Hector, tu comprends que l’égalité entre les hommes est une utopie… De ses mains obstétricales, il fait jaillir dans le monde la musique
de Schubert.» 

Soif de musique, de Romel,
éditions Daphnis et Chloé.

 
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NEWSLETTER N°57

LE COMPLEXE D'EDEN BELLWETHER

Benjamin WOOD
2012

Un petit mot tout d’abord pour souligner le travail formidable que font les éditions ZULMA ,
éditeur audacieux qui a le courage de sortir régulièrement quelques pépites très peu relayées
par la presse et surtout que vous trouverez en 3ème
ou 4ème rang dans le choix de vos libraires préférés.
 
Voici un premier roman très réussi, dense, intelligent
et original autour de la musique.  
 
Cambridge, de nos jours : au détour d’une des allées
du campus, Oscar est attiré par la puissance de l’Orgue et des chants provenant de la chapelle de King's College.
 
Subjugué, il ne peut maîtriser malgré lui un sentiment d’extase à l'écoute de l’organiste : c’est le début
d’un engrenage diabolique.
Dans l’assemblée, il rencontre Iris, qui est la sœur
de ce virtuose : Eden Bellwether.
Eden ne joue que de la musique baroque, qui possède d’après lui de puissants pouvoirs hypnotiques et de guérison : ce livre mené tambour battant est doté d’une intrigue virevoltante à rebondissements permanents.
Une vraie réussite et une réflexion sur les frontières entre le génie et la folie, la manipulation et ses jeux pervers, autour de la musique, qui est traitée ici
comme un personnage : axe vital et fondamental
de nos parcours de vie.