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PHILIPPE LANÇON
Le Lambeau

Gallimard (avril 2018)

Aujourd’hui, exceptionnellement, je vais jouer humblement le rôle de passeur ; plus rien ne compte ni la musique, ni la littérature ni l’art quels qu’en soient les supports ;

Je m’incline avec un grand respect et une émotion sans fin devant un roman bouleversant et immense, un véritable hommage à la vie, la survie face à l’horreur du terrorisme ;
 
Cet homme s’appelle Philippe Lançon ;
Philippe Lançon est journaliste littéraire au quotidien Libération et chroniqueur à Charlie Hebdo ; le 7 janvier 2015 il se rend comme chaque mercredi à la conférence de rédaction de Charlie Hebdo ; il sera fauché par les balles et une partie de sa mâchoire sera arrachée ; sa vie d’avant disparaîtra avec elle ; Il sera littéralement relevé d’entre les morts .
 
Témoin de cet attentat atroce et de la mort de ses compagnons de Charlie Hebdo, il brosse dans ce roman un témoignage poignant de sa vie d’après ….
"Désormais celui qui n’était pas tout fait mort devra cohabiter avec celui qui allait devoir survivre".
 
Ce récit mêle l’intime et le tragique avec maestria, l’écriture et le récit ne nous épargneront pas mais c’est un texte d’une grande beauté ; récit d’une lente reconstruction physique et mentale (deux années d’Hôpital, 17 opérations) nous en ressortons groggys, éblouis, et émerveillés ; oui émerveillés devant la beauté du texte et des émotions incroyables qu’il suscite sans colère aucune et sans que jamais le texte ne soit le prétexte à une tribune politique ;
 
Il sera porté lors de sa "reconstruction" en partie grâce à la musique et Bach en particulier qui irrigue littéralement le livre à maintes reprises telle une source vive ;
 
Une fois ce livre refermé vous ne pourrez plus jamais l’oublier ; c’est dur, âpre, douloureux mais c’est aussi ça la littérature ; et puis au bout du compte la littérature et la musique n’ont-elles pas pour vertu  aussi de "réparer les vivants".


GABRIEL TALLENT
My absolute darling
Éditions Gallmeister (mars 2018)

Premier roman écrit en 3 ans par un très jeune auteur d’une maîtrise époustouflante ! 
Ce roman inoubliable sur le combat d’une jeune fille pour devenir elle-même et sauver son âme marque la naissance d’un nouvel auteur au talent prodigieux.

À quatorze ans, Turtle dite Croquette arpente les bois de la côte nord de la Californie, ses forêts denses, ses bêtes sauvages, avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père monstre, dominateur, violent et incestueux et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.
 
Entre revolvers et couteaux, terreurs et inceste, menaces de la nature et châtiments paternels, Croquette tente de grandir. Elle voue à cet ogre sociopathe dont elle est le seul désir, un amour passionnel doublé d’une haine effroyable. C’est un huis clos terrifiant; la fascination pour le Mal, le glauque, le sordide, le violent nous saisit et ne nous lâche à aucun moment. Ce roman de formation d’une rare tonalité qui pourrait vous heurter est absolument incontournable.

 Un des très grands livres de cette année. 


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ALBERT CAMUS MARIA CASARÈS
Correspondances
Gallimard, 2017

 Le 19 mars 1944, Albert Camus et Maria Casarès se rencontrent. L'ancienne élève du Conservatoire national d'art dramatique, originaire de La Corogne n'a alors que vingt-deux ans. Parlant parfaitement français, elle a débuté sa carrière d'actrice en 1942, au moment où Albert Camus publiait L'Etranger et Le Mythe de Sisyphe chez Gallimard. Albert Camus vit alors seul à Paris, la guerre l'ayant éloigné depuis deux ans de son épouse Francine, enseignante à Oran. Sensible au jeu, au tempérament et à la beauté de l'actrice, Albert Camus lui confie le rôle de Martha pour la création de sa pièce Le Malentendu en juin 1944.

C’est l’histoire d’une passion qui durera jusqu’à la mort accidentelle de Camus en 1960. Durant toutes ces années, Albert et Maria n'ont jamais cessé de s'écrire, notamment lors des longues semaines de séparation dues à leur engagement artistique et intellectuel. Sur fond de vie publique et d'activité créatrice, leur correspondance croisée, demeurée inédite jusqu'à ce jour, révèle quelle fut l'intensité de leur relation intime. Nous savions que l'œuvre d'Albert Camus était traversée par la pensée et l'expérience de l'amour. La publication de cette immense correspondance révèle la pierre angulaire de cette constante préoccupation : l'amour, l'inévitable amour. "Quand on a aimé quelqu'un, on l'aime toujours", confiait Maria Casarès bien après la mort d'Albert Camus ; "lorsqu'une fois, on n'a plus été seule, on ne l'est plus jamais".

Je vous invite par ailleurs à découvrir un très joli livre relatif à leur très belle histoire dont le titre me bouleverse "Tu me vertiges" de Florence M. FORSYTHE (éditions le Passeur).


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JOYCE CAROL OATES
Amours mortelles

Philippe Rey (mars 2018)
 

Dans ces quatre textes troublants, l’amour est dévastateur, si puissant qu’il entraîne chacun vers l’effroi.

Mauvais œil raconte ainsi comment la jeune épouse d’un célèbre intellectuel, quatre fois remarié, apprend de la première femme de celui-ci un terrible secret, qui met en péril son mariage et sa santé mentale. 
Dans Si près n’importe quand toujours, Lizbeth, une adolescente timide et complexée, commence une idylle avec un garçon charmant un peu plus âgé. Mais, à mesure que leur relation s’épanouit, elle se rend compte que quelque chose guette sous la façade parfaite de Desmond, quelque chose de menaçant. 
Dans L’Exécution, c’est des relations parents-enfant qu’il s’agit : un étudiant gâté planifie un crime parfait pour se venger des siens. 
Enfin, La semi-remorque aborde les abus faits aux enfants : lorsque Cecilia rencontre l’amour de sa vie, elle doit affronter son traumatisme et le démon qui lui a volé son innocence, des années auparavant.

Dans sa prose aiguisée, Joyce Carol Oates fait le récit de vies qui partent à vau-l’eau et nous révèle l’amour sous un jour tour à tour magique, mystérieux et meurtrier. Une lecture au plaisir terrifiant de la première à la dernière page.


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AHARON APPELFELD
Des jours d’une stupéfiante clarté

Éditions de L’olivier (janvier 2018)

Theo a 20 ans lorsqu'il quitte le camp de concentration que ses gardiens viennent d'abandonner à l'approche des Russes. Il n'a qu'un seul but : retrouver la maison familiale. Errant sur les chemins, blessés au plus profond d'eux-mêmes, les déportés qu'il croise lui rappellent l'horreur à laquelle il a survécu, tandis que d'autres figures émergent de son passé. Celle de sa mère, Yetti, une femme à la beauté exceptionnelle, au caractère fantasque, qui aimait les églises, les monastères et l'œuvre de Bach. Celle de Martin, un père trop discret que Theo va apprendre à mieux connaître.
Par-delà le fracas de l'Histoire, ce livre admirable est le récit d'une résurrection.
 
Paru après la mort du grand écrivain israélien, ce texte nous semble être son testament. Comme la plupart de ses livres, cette histoire se déroule dans les plaines d’Europe centrale après la Libération. C'est un texte sur l’errance, la volonté, la possibilité ou non de se rapprocher de Dieu. Réflexion sur la possibilité de la foi après les camps et les horreurs de la guerre. C’est un homme et un écrivain exceptionnel qui nous a quitté et je me sens orpheline. 

Aharon Appelfeld est né en 1932 à Czernowitz. Quand la guerre éclate, sa famille est envoyée dans un ghetto. En 1940 sa mère est tuée, son père et lui sont séparés et déportés. À l'automne 1942, il s'évade du camp de Transnistrie. Après une errance de plusieurs années il s'embarque clandestinement pour la Palestine en 1946. À la fin des années 1950, il décide de se tourner vers la littérature et se met à écrire, en hébreu, sa "langue maternelle adoptive".

Je vous recommande tout, de cet auteur, qui pourra vous émouvoir aux larmes et au plus profond et en particulier deux ouvrages magnifiques et majeurs "Histoire d’une vie", ouvrage retraçant son parcours et "Le Garçon qui voulait dormir". 
 


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EDNA O'BRIEN
Tu ne tueras point

Sabine Wespieser Éditeur (mars 2018)

Edna O’Brien écrit ici le roman tumultueux et enfiévré de l’amour maternel. Il faudra un long chemin à Eleanora pour comprendre la vraie nature de sa mère, Dilly, qui pour elle avait toujours représenté le poids de la morale et de la tradition.Dilly avait eu beau vouloir dans sa jeunesse échapper à son destin de fille d’Irlande, elle était revenue au pays, résignée, et s’était mariée, après sa tentative avortée de fuite aux États-Unis. Sa fascination pour New York, son premier travail comme bonne à tout faire, et puis le rêve qui tourne court et, dès son retour, l’installation à Rusheen, cette campagne perdue où elle a vécu la majeure partie de sa vie : elle a tout le temps de se les remémorer dans l’hôpital de Dublin où elle attend un diagnostic. Âgée et malade, elle ne désire plus qu’une visite de sa fille, à qui elle n’a jamais cessé d’envoyer des lettres aimantes et fascinées.Eleanora, elle, a fui très jeune pour Londres l’étouffante campagne irlandaise. Elle y est désormais célèbre et détestée pour ses romans sulfureux. Quand enfin elle se rend au chevet de sa mère, c’est en coup de vent : elle prétexte un rendez-vous, et part retrouver un amant. Dans sa précipitation, elle oublie son journal intime… Quand elle s’en aperçoit, sa panique est vaine : la vie affranchie et passionnée qu’elle y consigne a sans doute tendu à sa mère un troublant miroir où celle-ci a pu reconnaître l’ombre de ses désirs passés. Eleanora découvrira, trop tard, la dimension de l’amour que lui vouait Dilly.


JAMES SALTER
Last Night

Éditions de L’Olivier (juin 2018)

Sont enfin publiées quelques années après sa disparition, l’intégrale des nouvelles de Salter dont quatre inédites. James Salter n'était pas seulement un des grands écrivains américains du vingtième siècle.
 
On retrouve dans ces formes courtes tout ce qui fait l’univers et le style de Salter : son obsession pour l’amour, l’amitié et l’honneur, le passage du jour à la nuit, de la jeunesse à l’âge adulte, de la vie à la mort, l’appel de la mélancolie et celui du corps des femmes, dans des pages à la sensualité troublante et raffinée. En une phrase, James Salter parvient à suggérer une existence entière, fracassée, frustrée, mais avec une once de bonheur. Il a le sens de l’esquisse et sait allier le lyrisme et le romantisme à la vie blasée New Yorkaise où se déroulent presque toutes ses nouvelles. 
 
C'est l’écrivain de la psychologie du désir et de l’érotisme des corps, on entend le froissement des étoffes, on voit la courbe de ses personnages, on entend leur mélancolie profonde qui transpire à chaque page.

Salter me bouleverse depuis toujours, laissez-vous emporter par lui; laissez-vous caresser par ses mots; c’est un voyage sensuel, charnel, brillant et inoubliable.

Pour mémoire vous pouvez également lire du même auteur "Un bonheur parfait" et "Et rien d’autre". 


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SARAH SCHMIDT
Les soeurs de Fall River

Éditeur Payot et Rivages (mars 2018)

Un crime réel très célèbre en Amérique, Sarah Schmidt a fait un roman passionnant, best-seller en Australie et en Angleterre. A la fin du XIXe siècle, à Fall River (Massachussets), un couple sans histoires est retrouvé massacré à la hache dans sa propre maison. Rapidement, les soupçons se portent sur l'une des filles des Borden, Lizzie. Tour à tour, chaque protagoniste du drame prend la parole : la bonne, un témoin inconnu, Lizzie, sa sœur... Le roman devient alors une fascinante plongée dans les profondeurs de l'âme humaine et dans les secrets d'une famille. 


LIONEL DUROY
Eugenia

Éditions Julliard (mars 2018)

En 1935, l'écrivain juif roumain Mihail Sebastian donne une conférence à l'université de Jassy,capitale culturelle, riche, cosmopolite et raffinée, de la Roumanie. Lorsqu'il est violemment agressé par des étudiants antisémites, seule une jeune femme, Eugénia, prend sa défense. Cette haine viscérale des juifs, Eugénia doit encore la combattre au sein de sa propre famille. L'un de ses frères occupera bientôt de hautes responsabilités au sein de la Garde de Fer, milice pro-hitlérienne qui s'apprête à exiler le roi pour sceller une alliance avec l'Allemagne.

Face au péril qui guette son pays, Eugénia devient journaliste et s'installe à Bucarest, où elle retrouve Mihail, rongé de l'intérieur par la menace d'une guerre imminente. Eugénia s'offre à lui sans réserve, bien qu'elle doive partager le cœur de Mihail avec une autre femme, Leny, dont les extravagances le distraient parfois de son incurable mélancolie. De retour à Jassy, Eugénia s'intéresse au sort des juifs, qu'une campagne de calomnie associe à des espions soviétiques. Aucune de ses tentatives pour alerter les autorités ne suffiront à empêcher l'effroyable pogrom de juin 1941, savamment préparé par les miliciens mais perpétré en grande partie par des civils, amis, voisins, simples commerçants. Treize mille personnes trouveront la mort en quelques jours. Dès lors, à défaut de pouvoir sauver Mihail de lui-même, Eugénia n'aura plus qu'une obsession : lutter pour la liberté et approcher les bourreaux anonymes pour comprendre l'origine du mal....


JOYCE MAYNARD
Un jour, tu raconteras cette histoire

Philippe Rey Éditeur (septembre 2017)
 

Après un mariage raté, un douloureux divorce et quelques brèves histoires, à cinquante-cinq ans, Joyce Maynard n’attend plus grand-chose des relations sentimentales. Et pourtant. Sa rencontre avec Jim vient tout bouleverser: l’amour comme elle ne l’imagine plus, celui qui va même lui faire accepter de se remarier.

 

En 2014, après trois ans d’une romance tourbillonnante, on diagnostique chez Jim un cancer du pancréas. Au cours des dix-neuf mois qui suivent, alors qu’ils luttent ensemble contre la maladie, Joyce découvre ce que signifie être un véritable partenaire, en dépit de la souffrance, de l’angoisse, du désespoir qui menace à chaque instant.

"Un jour, tu raconteras cette histoire", lui avait dit Jim avec tendresse. C’est chose faite. Joyce Maynard retrace ces années heureuses faites de voyages, de petites et grandes folies, de bonheurs du quotidien – dîners sur leur terrasse près de San Francisco, escapades à moto, concerts de rock, baignades dans les lacs du New Hampshire ou du Guatemala. Puis, elle confie leur combat, leurs espoirs de guérison, les opérations et les médicaments, sa colère contre le sort, sa fatigue parfois, mais surtout la force de l’amour qui les unit.

Avec sensibilité et finesse, Joyce Maynard se met à nu dans un texte empli de joies et de larmes, un récit bouleversant sur l’amour et la perte, une histoire unique qui a permis à chacun d’offrir à l’autre le meilleur de lui-même.


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ELIZABETH BRUNDAGE
Dans les angles morts
Quai voltaire (janvier 2018)

En rentrant chez lui un vendredi après-midi de tempête de neige, après une journée à l'université privée de Chosen où il enseigne l'histoire de l'art, George Clare trouve sa femme assassinée, et leur fille de trois ans seule dans sa chambre - depuis combien de temps ? Huit mois plus tôt, il avait fait emménager sa famille dans cette petite ville étriquée et appauvrie où ils avaient pu acheter pour une bouchée de pain la ferme des Hale, une ancienne exploitation laitière. George est le premier suspect, la question de sa culpabilité résonne dans une histoire pleine de secrets personnels et professionnels. Mais "Dans les angles morts" est aussi l'histoire des trois frères Hale, qui se retrouvent mêlés à ce mystère, car les Clare occupent la maison de leur enfance, celle qu'ils ont dû quitter après le suicide de leurs parents. Le voile impitoyable de la mort est omniprésent; un crime en cache d'autres, et vingt années s'écoulent avant qu'une justice implacable soit rendue. Portrait riche et complexe d'un psychopathe, d'un mariage aussi, ce roman étudie dans le détail les diverses cicatrices qui entachent des familles très différentes, et jusqu'à une communauté tout entière.
 
C’est au lecteur de mener l’enquête ! De zones d’ombre en plages d’obscurité, nous nous heurtons, avec une intense et troublante curiosité à un mystère irréfragable. La puissance narrative est impressionnante tant dans sa construction lente et minutieuse que dans l’orchestration des multiples secrets. L’écriture ciselée vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page !

Un meurtre, deux histoires de familles parallèles qui se rejoignent et se contaminent de malheur : attention, chef-d’oeuvre !


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L’actrice Hedy Lamarr baptisée à l’époque "la plus belle femme du monde" fait aujourd’hui l’objet d'une actualité très dense puisque sortent dans le même temps, ses mémoires qui viennent d’être rééditées et un documentaire retraçant l’itinéraire fascinant, digne d’un roman d’espionnage, de cette star hollywoodienne des années 40. 

Ecstasy And Me - La folle autobiographie d'Hedy Lamarr
Seguier Editions (avril, 2018)

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Née en 1914 à Vienne dans une famille de la bourgeoisie juive, elle devient célèbre en 1933 en jouant totalement dénudée une scène d’orgasme dans "l’Extase" de Gustav Machatý, un film qui fit scandale à époque. 
C’est le point de départ d’une existence fascinante et totalement romanesque clivée entre les apparences de plus en plus brisées : mariages mondains (elle a été mariée six fois), carrière d’esclave droguée à la MGM, identité réduite à un visage d’une beauté incroyable, amants à n’en plus finir.
 
Elle quittera son pays natal pour gagner Hollywood où elle hantera les soirées les plus glamours, fréquentera de nombreux hommes célèbres dont elle fera ses amants, découvrira sa bisexualité. Elle tourne alors aux côtés des plus grands Clark Gable, Spencer Tracy... sous la direction de très grands réalisateurs comme Cecil B. DeMille, Victor Fleming ; beauté vénéneuse à la filmographie fournie et aux amants célèbres, elle abusera de la chirurgie esthétique et dilapidera sa fortune en se retirant de la vie publique à 40 ans.

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Cette autobiographie livre avec une remarquable candeur les détails de son ascension spectaculaire et tisse au fil des pages un portrait au vitriol du Hollywood des années 40. 
 
Mais Hedy Lamarr ce n’était pas que cela; si le livre qui vient de reparaître est totalement axé sur sa vie privée, sur ses amours, sa sexualité ainsi que sur sa carrière hollywoodienne, sa deuxième actualité est un documentaire. C'est un film remarquable et passionnant "Bombshell : the Hedy Lamarr story" (disponible à la vente en dvd). Ce document passionnant embrasse tout à la fois sa vie privée flamboyante mais également une partie totalement ignorée de son existence : son amour pour la création notamment scientifique puisqu’elle fut à l’origine d’un système de codage en télécommunications, toujours utilisé aujourd’hui pour les liaisons chiffrées militaires, ainsi que dans la téléphonie mobile et pour le wi-fi;  invention qu’elle dit avoir créé pour détecter les codes ennemis 

nazis pendant la guerre. Elle mourut dans l’oubli et repliée dans son antre totalement défigurée par la chirurgie esthétique et totalement démunie. 

Ce documentaire exceptionnel, doté d’archives qui réjouiront les cinéphiles, retrace sa légende avec clarté. Enjoy, c'est absolument magnifique.

 

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PHILIPPE LE GUILLOU
La Route de la Mer

Gallimard Février 2018
 
Un frère raconte sa sœur qui vient de disparaître, grande Pianiste spécialiste de Liszt, une gémellité mystérieuse et bouleversante, des paysages sauvages, la mer, l’Art, l’Amour et la Musique….
 
Je vous invite avec Philipe le Guillou aux délices d’une très belle écriture ciselée et raffinée, d’un univers délicat et tourmenté dans le même temps, à un récit riche, dense et mélancolique porté de bout en bout par une musique omniprésente.
 
Sur les bords de la Tamise où il est venu installer ses dernières sculptures, un homme écoute la "Vallée d'Obermann" de Liszt et se souvient de sa sœur qu’il vient de perdre, la pianiste Anna Horberer. Il revoit sa vie, dans l'ombre de cette femme brillante, très tôt éprise de piano, folle de Liszt et habitée avant tout par sa vocation d'artiste. Il revoit les lieux d'enfance et retrace l'itinéraire de sa sœur, crainte et admirée, une sœur qui savait capter les regards, les affections et qui lui a tout pris.
 
Ce roman est l’histoire d’une amitié fraternelle sans ambiguïté mais dont il est difficile de s’affranchir. Femme brillante, pianiste surdouée, elle se brûlera dans son art et les excès.
Professeur taciturne, il sublimera sa réserve et son homosexualité dans la sculpture sans jamais perdre de vue la carrière de sa sœur. Leurs vies sont liées, à travers la famille, l’enfance, l’art, la vie politique, les lieux, les paysages et la mer qui hante les pages de ce livre avec mélancolie et une grâce ineffable.
« L’on prétend que certains écrivains écrivent toujours le même livre. Il s’applique bien à Philippe Le Guillou qui, d’un roman à l’autre, déplace les pièces d’un même puzzle, composant des tableaux toujours différents à partir de motifs toujours identiques. Consciemment ou non, cette Route de la mer se structure autour d’une série d’oppositions sous-jacentes : le matériel et l’immatériel, l’art et la politique, la terre et l’eau, Le Havre et Paris, etc. »
Et bien tant mieux c’est ce que l’on appelle un écrivain et c’est pour notre plus grand bonheur !
Je vous invite vivement à lire du même auteur le splendide "Bateau brume". 


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MARCELINE LORIDAN-IVENS
L’amour après

Éditions Grasset (janvier 2018)

Comment aimer, s’abandonner, désirer, jouir, quand on a été déportée à quinze ans ?
Retrouvant à quatre-vingt-neuf ans sa "valise d’amour", trésor vivant des lettres échangées avec les hommes de sa vie, Marceline Loridan-Ivens se souvient…

Un récit merveilleusement libre sur l’amour et la sensualité.
 
Peut-on résumer ce livre, peut-on même en faire une critique, je ne le pense pas; nous pouvons juste nous incliner devant le témoignage bouleversant de cette femme hors du commun née en 1928, déportée à Auschwitz-Birkenau avec son père, actrice, scénariste, réalisatrice. Après le si touchant "Et tu n'es pas revenu", dans lequel elle racontait la déportation et la mort de son père, la magnifique petite femme aux cheveux de feu nous conte avec tendresse et crudité la terreur de jouir, après l’expérience des camps, de son corps torturé et avili par les SS. Avec ce témoignage rare, tantôt pudique, souvent provocateur, Marceline nous livre un ouvrage essentiel et bouleversant.