LITTÉRATURE ANGLAISE

 
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ALAN HOLLINGHURST
L’affaire Sparsholt

Éditions Albin Michel (août 2018)

Alan Hollinghurst a fait son entrée sur la scène littéraire avec le très remarqué "La piscine bibliothèque" puis avec le magnifique "La ligne de beauté", revendiquant son statut d’écrivain gay.

Avec ce nouvel opus il sort de ce champs réducteur pour nous prouver à nouveau, s’il en était besoin, que c’est tout simplement un très grand écrivain et l’un des plus grands auteurs anglais de notre époque.

Résumé :
En octobre 1940, David Sparsholt fait son entrée à Oxford. Athlète et rameur acharné, il semble d'abord ignorer la fascination qu'il exerce sur les autres - en particulier sur le solitaire et romantique Evert Dax, fils d'un célèbre romancier. Tandis que le Blitz fait rage à Londres, l'université d'Oxford apparaît comme un lieu hors du temps où les attirances secrètes s'expriment à la faveur de l'obscurité. Autour de David, des liens se tissent qui vont marquer les décennies à venir.

Dans ce roman magistral, Alan Hollinghurst, dessine le portrait d'un groupe d'amis liés par la peinture, la littérature et l'amour à travers trois générations.

La scéne inaugurale du livre nous présente tous les personnages que l’auteur va mettre en place pour laisser se glisser David Sparsholt, qui donnera son titre au roman ;

Ladite "affaire" dont il sera le centre, bien que dans l’intrigue, ne joue pas un rôle si important ; elle sera le prétexte au tissage minutieux et brillant de liens denses et d’affects puissants, de désirs, de rapports de force, de sentiments de honte dont la suite du roman examinera subtilement l’évolution dans le temps et leur transformation d’une génération à la suivante.

L'écriture de facture très classique, allie avec maestria légèreté et densité ; si ce livre se mérite… un peu au début…, la fluidité de sa prose bien qu'exigeante vous permettra de découvrir un texte époustouflant.

Le roman se divise en cinq parties dont chacune parcourt une époque différente ; la petite histoire lui permet d’embrasser et de traverser le 20e siècle avec une intelligence et une agilité narratives rares ;

Il abordera les changements politiques et sociaux par le prisme du rapport à l’homosexualité en Angleterre, en nous renvoyant par un effet miroir une remarquable réflexion sur le temps et ses effets.

Extrait
"Il est difficile de faire honneur à d'anciens plaisirs qu'on ne peut ranimer : nous avons l'impression de nous déposséder de notre moi juvénile, qui les aimait et les chérissait."


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JULIAN BARNES
La seule histoire

Éditions Mercure de France (septembre 2018)

"Il n’y a que le dernier amour d’une femme qui satisfasse le premier amour d’un homme" Balzac, "La Duchesse de Langeais".
 
Il y a des choses que l’on oublie jamais. Tout commence 50 ans plus tôt dans une banlieue résidentielle de Londres.
Années 60, Paul a dix-neuf ans et s'ennuie un peu cet été-là, le dernier avant son départ à l'université. Au club de tennis local, il rencontre Susan - quarante-huit ans, mariée depuis 25 ans, deux grandes filles - avec qui il va disputer des parties en double. Susan est belle, charmante, chaleureuse. Il n'en faut pas davantage pour les rapprocher… un scandale. La passion ? Non, l'amour, le vrai, total et absolu, que les amants vivront d'abord clandestinement. Puis ils partent habiter à Londres et décident de vivre leur amour plutôt que de le rêver : Susan a un peu d'argent, Paul doit continuer ses études de droit. Le bonheur ? Oui. Enfin presque car, peu à peu, Paul va découvrir la fêlure de Susan, qu'elle a soigneusement dissimulée jusque-là : elle est alcoolique. Il l'aime, et ne veut pas la laisser seule avec ses démons. Il va tout tenter pour la sauver, combattre avec elle ce fléau et continuer à prendre soin d’elle vaille que vaille au fil des années . En vain... Mais lui, alors ? Sa jeunesse, les années qui passent et qui auraient dû être joyeuses, insouciantes ? Il a trente ans, puis trente et un, puis trente-deux. Vaut-il mieux avoir aimé et perdre ou ne jamais avoir aimé ? Une question dés la première page de ce livre en est le coeur et le condensé : "Préfériez -vous aimer davantage, ou aimer moins et moins souffrir ?" 
Paul va tenter de survivre à cette passion qui peu à peu se lézarde, s‘abîme et se fracasse sur le principe de réalité de la vie ; leur différence d’âge devient de plus en plus cruelle pour Suzanne qui sombre ; Ce livre qui commence sur un ton de légèreté nous dévoile petit à petit avec maestria les coulisses de plus en sombres de cette magnifique et bouleversante histoire d’amour.
C’est un magnifique mais terrible, roman sur l’usure du temps, la fidélité et l’amour qui ne veut renoncer.

Nous retrouvons ici le Julian Barnes de ses débuts à son meilleur ("le Perroquet de Flaubert" mais surtout "Une fille qui danse"… entre autres) et cela fait du bien ; c’est une oeuvre mélancolique qui serre le coeur et dont l’on ne revient pas tout à fait la (le) même.

Un roman beau à pleurer.
 
Extrait : 
"Un premier amour détermine une vie pour toujours : c'est ce que j'ai découvert au fil des ans. Il n'occupe pas forcément un rang supérieur à celui des amours ultérieures, mais elles seront toujours affectées par son existence. Il peut servir de modèle, ou de contre-exemple. Il peut éclipser les amours ultérieures ; d'un autre côté il peut les rendre plus faciles, meilleures. Mais parfois aussi, un premier amour cautérise le cœur, et tout ce qu'on pourra trouver ensuite, c'est une large cicatrice."