Littérature étrangère

 
 
  • LITTÉRATURE AMÉRICAINE 

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GABRIEL TALLENT
My absolute darling
Éditions Gallmeister (mars 2018)

Premier roman écrit en 3 ans par un très jeune auteur d’une maîtrise époustouflante ! 
Ce roman inoubliable sur le combat d’une jeune fille pour devenir elle-même et sauver son âme marque la naissance d’un nouvel auteur au talent prodigieux.

À quatorze ans, Turtle dite Croquette arpente les bois de la côte nord de la Californie, ses forêts denses, ses bêtes sauvages, avec un fusil et un pistolet pour seuls compagnons. Elle trouve refuge sur les plages et les îlots rocheux qu’elle parcourt sur des kilomètres. Si le monde extérieur s’ouvre à elle dans toute son immensité, son univers familial est étroit et menaçant : Turtle a grandi seule, sous la coupe d’un père charismatique et abusif. Sa vie sociale est confinée au collège, et elle repousse quiconque essaye de percer sa carapace. Jusqu’au jour où elle rencontre Jacob, un lycéen qu’elle intrigue et fascine à la fois. Poussée par cette amitié naissante, Turtle décide alors d’échapper à son père monstre, dominateur, violent et incestueux et plonge dans une aventure sans retour où elle mettra en jeu sa liberté et sa survie.
 
Entre revolvers et couteaux, terreurs et inceste, menaces de la nature et châtiments paternels, Croquette tente de grandir. Elle voue à cet ogre sociopathe dont elle est le seul désir, un amour passionnel doublé d’une haine effroyable. C’est un huis clos terrifiant; la fascination pour le Mal, le glauque, le sordide, le violent nous saisit et ne nous lâche à aucun moment. Ce roman de formation d’une rare tonalité qui pourrait vous heurter est absolument incontournable.

 Un des très grands livres de cette année. 


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CHLOE BENJAMIN
Les Immortalistes

Stéphane Marsan Éditeur (avril 2018)

New York, été 1969. Pour tromper l'ennui, les enfants Gold vont consulter une voyante capable de prédire avec exactitude la date de leur mort. Si Varya, Daniel, Klara et Simon veulent tous savoir de quoi demain sera fait, ils sont loin de se douter de ce qui les attend. Des années plus tard, hantés par la prophétie, ils vont faire des choix de vie radicalement opposés. Simon, le petit dernier censé reprendre l'entreprise de confection familiale, s'enfuit sur la côte ouest, en quête d'amour à San Francisco. Klara, la rêveuse, devient magicienne à Las Vegas, obsédée par l'idée de brouiller les pistes entre la réalité et l'imagination. Épris de justice, Daniel s'engage comme médecin dans l'armée après les attentats du 11 septembre. Quant à la studieuse Varya, elle se jette dans des travaux de recherche liés à la longévité, tentant désespérément de percer le secret de l'immortalité. Lorsque le premier d'entre eux trouve la mort à la date annoncée par la voyante, les trois autres craignent le pire. Doivent-ils prendre au sérieux cette prémonition ? N'est-ce la puissance de l'autosuggestion qui pousse les Gold à faire des choix qui les conduisent irrémédiablement vers leur mort ?
 
"Fresque de grande envergure, à l'ambition et à la profondeur remarquables, "Les Immortalistes" se situe entre le destin et le libre arbitre, le réel et l'illusion, l'ici-bas et l'au-delà. Une ode magnifique à ce qui nous échappe et à la force implacable des liens familiaux". 
 
Je souhaite tout d’abord saluer la naissance d’un nouvel éditeur et le travail remarquable qu’il fait dans ses choix éditoriaux; de tous les ouvrages que j’ai lus depuis la naissance de cette nouvelle maison d’édition, tous sont de grande qualité tant sur l’écriture, que sur les traductions que sur l’univers et le très large spectre romanesque qu'elle embrasse. 
 
Enfin vous ne pourrez lâcher ce livre qui interroge sur le déterminisme et la liberté de nos choix; c’est un bouquin qui vous embarque pour ne plus vous laisser; de très précieux amis chers à mon cœur étaient à mes côtés quand j’ai commencé ce livre dans un endroit de rêve; plus rien n’a existé pendant deux jours, au risque d’oublier les principes d’éducation la plus élémentaires; je crois que seule la joie et l’émotion qu’ils ont su lire sur mon visage ont eu raison de leur agacement silencieux; donc c’est le double effet kiss cool, un sacré bon livre et la confirmation s’il en était besoin que ces deux-là sont formidables.

À lire absolument.


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EMILY RUSKOVICH
Idaho

Éditions Gallmeister (mai 2018)

Idaho, 1995. Par une chaude journée d'août, une famille se rend dans une clairière de montagne pour ramasser du bois. Tandis que Wade et à leurs filles, le père, se charge d'empiler les bûches, Jenny, la mère, élague les branches qui dépassent. Leurs deux filles, June et May, se chamaillent. C'est alors que se produit un drame inimaginable, qui détruit la famille à tout jamais. Neuf années plus tard, Wade a refait sa vie avec Ann au milieu des paysages sauvages et après de l'Idaho. Mais alors que la mémoire de son mari s'estompe, Ann devient obsédée par le passé de Wade. Déterminée à comprendre cette famille qu'elle n'a jamais connue, elle s'efforce de reconstituer ce qui est arrivé à la première épouse de Wadeet à leurs filles.

Idaho est un roman magnétique qui nous amène sur le chemin tortueux et imprévisible du souvenir. La voix particulière d'Emily Ruskovich, elle, demeure inoubliable.

Encore une pépite publiée par cet éditeur incroyable qu’est Gallmeister. C’est un roman âpre qui s'amuse avec nos nerfs et notre patience et qui en se servant de la perte de mémoire du père joue allégrement avec la nôtre; d’une écriture serrée au cordeau vous ne lâcherez pas ce très très bon livre, et vous ne le quitterez pas indemne. 


JAMES SALTER
Last Night

Éditions de L’Olivier (juin 2018)

Sont enfin publiées quelques années après sa disparition, l’intégrale des nouvelles de Salter dont quatre inédites. James Salter n'était pas seulement un des grands écrivains américains du vingtième siècle.
 
On retrouve dans ces formes courtes tout ce qui fait l’univers et le style de Salter : son obsession pour l’amour, l’amitié et l’honneur, le passage du jour à la nuit, de la jeunesse à l’âge adulte, de la vie à la mort, l’appel de la mélancolie et celui du corps des femmes, dans des pages à la sensualité troublante et raffinée. En une phrase, James Salter parvient à suggérer une existence entière, fracassée, frustrée, mais avec une once de bonheur. Il a le sens de l’esquisse et sait allier le lyrisme et le romantisme à la vie blasée New Yorkaise où se déroulent presque toutes ses nouvelles. 
 
C'est l’écrivain de la psychologie du désir et de l’érotisme des corps, on entend le froissement des étoffes, on voit la courbe de ses personnages, on entend leur mélancolie profonde qui transpire à chaque page.

Salter me bouleverse depuis toujours, laissez-vous emporter par lui; laissez-vous caresser par ses mots; c’est un voyage sensuel, charnel, brillant et inoubliable.

Pour mémoire vous pouvez également lire du même auteur "Un bonheur parfait" et "Et rien d’autre". 


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JONATHAN SAFRAN FOER
Extrêmement fort et incroyablement près
Points, 2007
 
Oskar Schell est inventeur, consultant en informatique, végétalien, percussionniste, astronome, collectionneur de pierres semi-précieuses, de papillons morts de mort naturelle, de cactées miniatures et de souvenirs des Beatles. Il a neuf ans.

Un an après la mort de son père dans les attentats du 11 septembre, Oskar trouve une clé. Persuadé qu’elle résoudra le mystère de la disparition de son père, il part à la recherche de la serrure qui lui correspond. Sa quête le mènera aux quatre coins de New York, à la rencontre d’inconnus qui lui révèleront l’histoire de sa famille.
Dans le même temps il se rapprochera de son grand père qui, déporté pendant la guerre, est devenu muet à son retour. Ils retrouveront l'un et l'autre l'usage du verbe et une forme de rédemption.

Je suis toujours aussi émue et éblouie des années après lorsque je propose ce livre incroyable de sensibilité, d'émotion et de talent.

 
  • LITTÉRATURE EUROPÉENNE 

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MARCELINE LORIDAN-IVENS
L’amour après

Éditions Grasset (janvier 2018)

Comment aimer, s’abandonner, désirer, jouir, quand on a été déportée à quinze ans ?
Retrouvant à quatre-vingt-neuf ans sa "valise d’amour", trésor vivant des lettres échangées avec les hommes de sa vie, Marceline Loridan-Ivens se souvient…

Un récit merveilleusement libre sur l’amour et la sensualité.
 
Peut-on résumer ce livre, peut-on même en faire une critique, je ne le pense pas; nous pouvons juste nous incliner devant le témoignage bouleversant de cette femme hors du commun née en 1928, déportée à Auschwitz-Birkenau avec son père, actrice, scénariste, réalisatrice. Après le si touchant "Et tu n'es pas revenu", dans lequel elle racontait la déportation et la mort de son père, la magnifique petite femme aux cheveux de feu nous conte avec tendresse et crudité la terreur de jouir, après l’expérience des camps, de son corps torturé et avili par les SS. Avec ce témoignage rare, tantôt pudique, souvent provocateur, Marceline nous livre un ouvrage essentiel et bouleversant. 


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AHARON APPELFELD
Des jours d’une stupéfiante clarté

Éditions de L’olivier (janvier 2018)

Theo a 20 ans lorsqu'il quitte le camp de concentration que ses gardiens viennent d'abandonner à l'approche des Russes. Il n'a qu'un seul but : retrouver la maison familiale. Errant sur les chemins, blessés au plus profond d'eux-mêmes, les déportés qu'il croise lui rappellent l'horreur à laquelle il a survécu, tandis que d'autres figures émergent de son passé. Celle de sa mère, Yetti, une femme à la beauté exceptionnelle, au caractère fantasque, qui aimait les églises, les monastères et l'œuvre de Bach. Celle de Martin, un père trop discret que Theo va apprendre à mieux connaître.
Par-delà le fracas de l'Histoire, ce livre admirable est le récit d'une résurrection.
 
Paru après la mort du grand écrivain israélien, ce texte nous semble être son testament. Comme la plupart de ses livres, cette histoire se déroule dans les plaines d’Europe centrale après la Libération. C'est un texte sur l’errance, la volonté, la possibilité ou non de se rapprocher de Dieu. Réflexion sur la possibilité de la foi après les camps et les horreurs de la guerre. C’est un homme et un écrivain exceptionnel qui nous a quitté et je me sens orpheline. 

Aharon Appelfeld est né en 1932 à Czernowitz. Quand la guerre éclate, sa famille est envoyée dans un ghetto. En 1940 sa mère est tuée, son père et lui sont séparés et déportés. À l'automne 1942, il s'évade du camp de Transnistrie. Après une errance de plusieurs années il s'embarque clandestinement pour la Palestine en 1946. À la fin des années 1950, il décide de se tourner vers la littérature et se met à écrire, en hébreu, sa "langue maternelle adoptive".

Je vous recommande tout, de cet auteur, qui pourra vous émouvoir aux larmes et au plus profond et en particulier deux ouvrages magnifiques et majeurs "Histoire d’une vie", ouvrage retraçant son parcours et "Le Garçon qui voulait dormir". 


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DRAGO JANCAR 
Et l’amour aussi a besoin de repos
Phébus Éditions (avril 2018)

Après la conquête de la Yougoslavie par les armées allemandes en 1941, la ville slovène de Maribor, historiquement germanophone, est annexée par le Troisième Reich. Dans la cité rebaptisée Marburg an der Drau, les voisins et les amis d'hier se déchirent et un mouvement de résistance s'organise dans les montagnes environnantes. Au cœur de ce roman, trois personnages : Valentin, le maquisard, Sonja, sa petite amie, et le SS Ludwig, qu'on appelait naguère Ludek. La guerre bouleverse leur perception du monde et d'eux-mêmes, elle brise inéluctablement leurs vies.
 
Drago Jančar est un écrivain slovène magnifique que vous avez pu découvrir dans le très beau "Cette nuit je l’ai vue" qui avait reçu le prix du meilleur roman étranger en 2014; si ce n’est pas fait courez-y c’est une merveille !
 
Jančar va au cœur des ténèbres, mais ce cœur est étonnement pur, et c’est peut-être en cela que ce roman est le plus terrifiant qu’il est donné de lire sur le mal. Pas de raisonnement idéologique, mais une soumission aux émotions brutes primitives, celles qui touchent les enfants et les simples….

Très beau livre, très belle écriture, un voyage incontournable. 

 
  • LITTÉRATURE INDIENNE 

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TARUN J.TEJPAL
Loin de Chandigarh

Le Livre de Poche, 2007
 
L'Inde du Nord à la fin des années 1990. Un journaliste et sa femme, Fizz, partagent, depuis quinze ans, une intense passion, très sensuelle, très charnelle. Jusqu'au jour où, dans leur maison accrochée aux contreforts de l'Himalaya, le narrateur découvre soixante-quatre épais carnets, le journal intime et impudique d'une Américaine, Catherine - ancienne propriétaire des lieux -, dont la lecture va peu à peu détruire son couple...
D'une écriture sensuelle et addictive ce livre ne se lâche pas.

Très joli livre à ne pas louper.

 
  • LITTÉRATURE VIETNAMIENNE 

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DUONG THU HUONG
Terre des oublis
Le Livre de Poche2007
 
Alors qu'elle rentre d'une journée en forêt, Miên, une jeune femme vietnamienne, se heurte à un attroupement : l'homme qu'elle avait épousé 14 ans auparavant et qu'on croyait mort en héros est revenu. Entre-temps Miên s'est remariée avec un riche propriétaire terrien, Hoan, qu'elle aime et avec qui elle a un enfant.
Mais Bôn, le vétéran communiste, réclame sa femme. Sous la pression de la communauté, Miên retourne vivre avec son premier mari.
Au fil d'une narration éblouissante, l'auteur plonge dans le passé de ces trois personnages, victimes d'une société pétrie de principes moraux et politiques, tout en évoquant avec bonheur la vie quotidienne de son pays, ses sons, ses odeurs, ses couleurs... DUONG THU HUONG est une conteuse hors pair au talent magistral.

"Terre des oublis", roman de l'après-guerre du Viêt-Nam, est un livre inoubliable.