Littérature française

 
 

PHILIPPE LE GUILLOU
La Route de la Mer

Gallimard Février 2018
 
Un frère raconte sa sœur qui vient de disparaître, grande Pianiste spécialiste de Liszt, une gémellité mystérieuse et bouleversante, des paysages sauvages, la mer, l’Art, l’Amour et la Musique….
 
Je vous invite avec Philipe le Guillou aux délices d’une très belle écriture ciselée et raffinée, d’un univers délicat et tourmenté dans le même temps, à un récit riche, dense et mélancolique porté de bout en bout par une musique omniprésente.
 
Sur les bords de la Tamise où il est venu installer ses dernières sculptures, un homme écoute la "Vallée d'Obermann" de Liszt et se souvient de sa sœur qu’il vient de perdre, la pianiste Anna Horberer. Il revoit sa vie, dans l'ombre de cette femme brillante, très tôt éprise de piano, folle de Liszt et habitée avant tout par sa vocation d'artiste. Il revoit les lieux d'enfance et retrace l'itinéraire de sa sœur, crainte et admirée, une sœur qui savait capter les regards, les affections et qui lui a tout pris.
 
Ce roman est l’histoire d’une amitié fraternelle sans ambiguïté mais dont il est difficile de s’affranchir. Femme brillante, pianiste surdouée, elle se brûlera dans son art et les excès.
Professeur taciturne, il sublimera sa réserve et son homosexualité dans la sculpture sans jamais perdre de vue la carrière de sa sœur. Leurs vies sont liées, à travers la famille, l’enfance, l’art, la vie politique, les lieux, les paysages et la mer qui hante les pages de ce livre avec mélancolie et une grâce ineffable.
« L’on prétend que certains écrivains écrivent toujours le même livre. Il s’applique bien à Philippe Le Guillou qui, d’un roman à l’autre, déplace les pièces d’un même puzzle, composant des tableaux toujours différents à partir de motifs toujours identiques. Consciemment ou non, cette Route de la mer se structure autour d’une série d’oppositions sous-jacentes : le matériel et l’immatériel, l’art et la politique, la terre et l’eau, Le Havre et Paris, etc. »
Et bien tant mieux c’est ce que l’on appelle un écrivain et c’est pour notre plus grand bonheur !
Je vous invite vivement à lire du même auteur le splendide "Bateau brume".


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LA MUSIQUE D'UNE VIE
Andreï Makine
Éditions Points

La Musique d’une vie est un texte court, un véritable poème, et une ode à la liberté; un texte sur la guerre, qui prend le temps d’éteindre un destin, une passion, une jeunesse et une flamme.
 
Sur un quai de gare en Sibérie : le train a six heures de retard. Le narrateur observe les voyageurs qui somnolent et entend soudain les notes lointaines d’un piano, perdues dans la nuit. Ces notes sont jouées par un vieil homme aux mains usées, Alexeï Berg, et s’achèvent dans ses larmes silencieuses.
 
Le temps de l’attente, Alexeï va raconter son histoire, retranscrite par le narrateur.
C’est l’histoire d’une longue fuite, pendant la guerre : alors qu’il a à peine 20 ans, la famille du jeune pianiste est déportée et celui-ci contraint de renoncer à des promesses de bonheur et de succès en tant que concertiste, afin de se cacher. Il empruntera l’identité d’un mort et, dès lors, ne vivra plus que comme un fantôme.

Le roman raconte aussi sa lente réappropriation de la vie, la redécouverte de l’amour.
Le piano aura le dernier mot. C’est un éloge de l’indomptable force de l’esprit, de la résistance intérieure ; et aussi une histoire pleine d’un charme profond, un petit joyau.


MARCELINE LORIDAN-IVENS
L’amour après

Éditions Grasset (janvier 2018)

Comment aimer, s’abandonner, désirer, jouir, quand on a été déportée à quinze ans ?
Retrouvant à quatre-vingt-neuf ans sa "valise d’amour", trésor vivant des lettres échangées avec les hommes de sa vie, Marceline Loridan-Ivens se souvient…

Un récit merveilleusement libre sur l’amour et la sensualité.
 
Peut-on résumer ce livre, peut-on même en faire une critique, je ne le pense pas; nous pouvons juste nous incliner devant le témoignage bouleversant de cette femme hors du commun née en 1928, déportée à Auschwitz-Birkenau avec son père, actrice, scénariste, réalisatrice. Après le si touchant "Et tu n'es pas revenu", dans lequel elle racontait la déportation et la mort de son père, la magnifique petite femme aux cheveux de feu nous conte avec tendresse et crudité la terreur de jouir, après l’expérience des camps, de son corps torturé et avili par les SS. Avec ce témoignage rare, tantôt pudique, souvent provocateur, Marceline nous livre un ouvrage essentiel et bouleversant.