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DAN CHAON
Une douce lueur de malveillance

Éditions Albin Michel (août 2018)

Dustin Tillman, 40 ans, 2 grands enfants, dont la femme vient de mourir est psychologue à Cleveland. Une partie de sa famille a été assassinée pendant son enfance et son frère adoptif a été condamné à perpétuité pour ce crime sur la base de son témoignage. Celui-ci est finalement innocenté à la suite d’un test ADN.

Dustin par ailleurs s’intéresse aux crimes non élucidés de la région, notamment une série de disparitions dont lui parle un de ses patients, ancien policier. Dustin se passionne pour cette affaire.

C’est un de ces romans qui vous attrape dès les premières pages, vous serez magnétisés, hypnotisés et fascinés en même temps.

Ceci étant posé, l'auteur nous embarque avec son écriture addictive pour ne plus nous lâcher avant un final à la hauteur de la tension qui habite tout le roman porté par un style dense et remarquable.
Voici l’un de ces livres qui vous rend sauvage et associable au plus haut point avec une question fondamentale qui le traverse de bout en bout : Qu’est-ce que le mal ?


 
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BENJAMIN WHITMER
Évasion

Éditions Gallmeister (septembre 2018)

Le ton est donné dès les premières phrases il y aura du sang, des larmes et beaucoup de violence :
C’est l’histoire de 12 détenus qui s’évadent d’une sordide prison des USA le soir du nouvel An 1968.
Le rythme endiablé et enfiévré du livre tient au fait que l’histoire est alternativement relatée du point de vue des différents protagonistes (les prisonniers, leurs proches, les traqueurs, le gardien de prison).

L’évènement secoue ses habitants, et une véritable machine de guerre se met en branle afin de ramener les prisonniers… morts ou vifs. À leurs trousses, se lancent les gardes de la prison et un traqueur hors pair, les journalistes locaux soucieux d’en tirer une bonne histoire, mais aussi une trafiquante d’herbe décidée à retrouver son cousin avant les flics… De leur côté, les évadés, séparés, suivent des pistes différentes en pleine nuit et sous un blizzard impitoyable. Très vite, une onde de violence incontrôlable se propage sur leur chemin.

C’est une langue brute taillée à la serpe, un récit suffoquant qui rappelle à chaque évadé sa vie de cauchemars ; on y est au plus près, on étouffe et nous sommes pris à la gorge de bout en bout ;

Vous ressortirez de ce grand roman noir à bout de souffle ; cette descente aux enfers est un véritable bijou servi par une écriture à la fois lyrique, sèche, et âpre. Un roman choral et crépusculaire à lire de toute urgence.

Une critique du Monde compare l’"outre noir" de Soulages à celui de Benjamin Whitmer :
"Ce monde n’est pas fait pour que vous vous en évadiez ; Ce monde est fait pour tenir votre cœur captif le temps qu’il faut pour le broyer"


 
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JAKE HINKSON
Sans lendemain

Éditions Gallmeister (février 2018)

Billie Dixon sillonne les États-Unis des années 1940, s’efforçant de vendre des films dans les salles de cinémas des petites villes du Midwest. Jusqu’à ce que dans une ville perdue de l’Arkansas, un prédicateur fanatique s’en prenne à elle, bien décidé à bouter hors de la ville tout ce qui ressemble à du cinéma. Billie aimerait bien le convaincre de changer d’avis, mais les choses se compliquent encore lorsqu’elle commence à se sentir attirée par Amberly, l’épouse du pasteur. Un désir qui va la conduire à s’emmêler dans un filet de mensonges et de supercheries, jusqu’à l’inévitable point de non-retour.

Bel hommage aux classiques du genre, "Sans lendemain", vous embarque dans une spirale infernale et irréversible à un rythme effréné, porté par une écriture d’une force incroyable ;
Portrait au vitriol d’une femme éprise de liberté, c’est aussi le portrait d'une Amérique pudibonde, archaïque et phallocrate.


 
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FRANCK BOUYSSE
Glaise

Éditions Livre de Poche (septembre 2018)

Au pied du Puy Violent dans le Cantal, août 1914, les hommes doivent partir pour la guerre. Les dernières consignes sont données aux femmes et aux enfants : même si on pense revenir avant l'automne, les travaux des champs ne patienteront pas.
Chez les Landry, le père est mobilisé, ne reste que Joseph quinze ans, avec sa mère et sa grand-mère qui ne peuvent compter que sur Léonard, le vieux voisin. Dans une ferme voisine, Eugène, le fils, est parti laissant son père, Valette, à ses rancœurs et à sa rage : une main atrophiée lors d'un accident l'empêche d'accomplir son devoir et d'accompagner les autres hommes. Son frère, a pris la route de la guerre et lui a envoyé Hélène et sa fille Anna. L'arrivée des deux femmes va tout bouleverser...

C’est un roman fort, puissant, parfois étouffant. Une fresque poétique, et sociale servie par une belle écriture lyrique, riche et d'une grande justesse.

C'est dans ce contexte tragique que l’auteur plante le décor de ce roman puissant et délicat tout à la fois ; dans ces campagnes vidées de ses hommes valides vont se jouer des drames, au cœur de cette nature sauvage. Les rancœurs, l'amertume, et la souffrance silencieuses des différents protagonistes vont être le terreau d’une violence rare mais aussi d'espoir et d'amour.

L’auteur prend son temps pour planter le décors et dépeint avec force et âpreté des êtres taiseux parfois meurtris, aigris, généreux ou encore insouciants. Au loin, la guerre gronde et l'orage, au puy Violent, n'est jamais bien loin.


 
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ROBERT GODDARD
La croisière Charnwood

Éditions Sonatine (novembre 2018)

1931 : Guy et Max, deux vétérans de la Première Guerre mondiale, quittent New York à bord du transatlantique Empress of Britain. Dans les luxueuses cabines de première classe, ils font la connaissance de Miss Charnwood, et de sa nièce, Diana (ravissante, mais également unique héritière d’un richissime financier international). Les deux hommes entreprennent de la séduire afin de mettre la main sur une partie de sa fortune. Alors que leur opération semble sur le point de réussir, un meurtre vient soudain mettre un terme à tous leurs espoirs et les plonger dans une spirale infernale. Robert Goddard nous offre, une fois encore, un roman captivant où histoire et mélodrame se conjuguent à merveille au fil d'une intrigue passionnante. De Londres à Venise, cette incursion dans le monde de la haute finance de l'entre-deux-guerres, et son implication dans les affaires de l'époque, est un véritable voyage en première classe pour les amateurs de polars anglais.

Un roman au rythme soutenu, au souffle romanesque puissant qui s'inscrit, dans ce que la littérature policière britannique a de meilleur avec une intrigue rondement menée. L’auteur nous entraine comme à son habitude dans un roman où petite et grande Histoire, s’imbriquent étroitement. Géopolitique, finances, Grande guerre et ses dommages…

Il tisse une toile d’araignée mondiale dans laquelle vous serez bien malins si vous ne vous y faites pas prendre.


 
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JÓN KALMAN STEFÁNSSON
Ásta

Éditions Grasset (septembre 2018)

En Islande, le parcours amoureux accidenté d’une femme abandonnée à sa naissance par sa mère.

Les amples romans de Jón Kalman Stefánsson sont toujours une promesse de poésie romanesque et de grand souffle littéraire : ses oeuvres marquent au coeur alliant tout à la fois force et finesse, poésie et lyrisme.
Il nous revient après une trilogie magistrale puis après le remarquable "D'ailleurs les poissons n’ont pas de pieds" que je vous recommande absolument, pour nous livrer une saga envoûtante sur l’amour passionnel, l'amour familial et la brièveté de l'existence. 
Ce livre est un condensé de toutes ses oeuvres et de son talent.

Résumé :
Reykjavik au début des années 50. Sigvaldi et Helga décident de nommer leur deuxième fille Ásta, d’après une grande héroïne de la littérature islandaise. Un prénom signifiant amour en islandais, qui ne peut que porter chance à leur fille… Des années plus tard, Sigvaldi tombe d’une échelle et se remémore toute son existence : il n’a pas été un père à la hauteur, et la vie d’Ásta n’a pas tenu cette promesse de bonheur.

Jón Kalman Stefánsson enjambe les époques et les pays pour nous raconter l’urgence autant que l’impossibilité d’aimer. À travers l’histoire de Sigvaldi et d’Helga puis, une génération plus tard, celle d’Ásta et de Jósef, il nous offre un superbe roman, lyrique et charnel, sur des sentiments plus grands que nous, et des vies qui s’enlisent malgré notre inlassable quête du bonheur.
L’histoire d’Ásta et des siens nous est en partie racontée par le biais des souvenirs de Sigvaldi, son père, tandis qu’il agonise sur un trottoir, dans un désordre qui brasse la chronologie, des instants de sa vie, des paysages dans lesquels s’inscrivent les visages de ceux qui depuis sa jeunesse l’ont accompagné. La seule façon de lire Ásta étant de ne pas lutter, de consentir d’emblée à sa capricieuse et envoûtante logique narrative, de déposer les armes face à la maîtrise du conteur admirable qu’est Stefánsson. Ce livre vous permet d’ explorer et de découvrir de nouveaux horizons avec un effet de balancier constant entre les différentes époques, personnages et points de vue.
Stefánsson est "Un romancier et poète dont l’écriture singulière n’est pas sans évoquer cette observation qu’il fait à propos de l’un de ses personnages : "Sa voix est profonde, si profonde qu’on dirait qu’elle ne vient pas de sa gorge, mais qu’elle sort de la terre."
 
Extraits :
"D’ici trente, quarante ans, et crois-moi, ces années passeront plus vite qu’on n’oserait le croire, ce sera comme si ni toi ni moi n’avions jamais existé, malgré tout le bagage que nous portons en nous. Nous mourons et tout meurt avec nous […] Le temps efface tout. C’est une loi implacable. Il t’effacera aussi. Tes soixante, soixante-dix, quatre-vingts années passées sur terre seront effacées, dissipées comme un malentendu. Avons-nous un autre but dans la vie que celui de naître, de tousser deux ou trois fois, puis de mourir ?" L’amour seul défie cet immuable effacement, semble lui répondre Stefánsson.
"Il est impossible de raconter une histoire sans s’égarer, sans emprunter des chemins incertains, sans avancer et reculer, non seulement une fois, mais au moins trois - car nous vivons en même temps à toutes les époques"
"Fallait-il que je meure pour te prouver que tu ne saurais vivre sans moi ?"

Préparez vous à une lecture envoutante et rare, poétique, lyrique, profonde sous tension permanente avec pour seul et unique moteur l’Amour, la grande et seule vraie raison de vivre.

 

 
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STEFANO MASSINI
Les frères Lehman

Éditions Globe (septembre 2018)

CHOC : ATTENTION GRAND LIVRE.

Résumé : 
11 septembre 1844, apparition. Heyum Lehman arrive de Rimpar, Bavière, à New York. Il a perdu 8 kg en 45 jours de traversée. Il fait venir ses deux frères pour travailler avec lui. 15 septembre 2008, disparition. La banque Lehman Brothers fait faillite. Elle a vendu au monde coton, charbon, café, acier, pétrole, armes, tabac, télévisions, ordinateurs et illusions, pendant plus de 150 ans.
Comment passe-t-on du sens du petit commerce au grand monde de la finance ? Comment des pères inventent-ils un métier qu’aucun enfant ne peut comprendre ni rêver d’exercer ?
Grandeur et décadence, les Heureux et les Damnés, l'auteur nous raconte avec maestria ce qui est arrivé, par le récit détaillé de l’épopée familiale, économique et biblique au moyen d'une répétition poétique, comme une litanie prophétique toujours pleine d'un humour décalé.
 
Le dramaturge et romancier Stefano Massini a réécrit sa pièce de théâtre jouée avec succès de Milan à Broadway en passant par le théâtre du rond-point, et construit son récit autour de scènes qui nous font suivre plus d’un siècle de l’histoire de la banque Lehman du départ de Bavière sur un bateau pour l’Amérique en 1844 de l'aîné des Lehman, fils de marchands de détails à l’apogée à Wall Street jusqu’à la chute de 2008.
 
Ce roman est tout à la fois saga familiale, récit de l'intime, grand roman de l’histoire de la finance qui embrasse le 19e et le 20e siècle, et aussi un portrait saisissant de l’Amérique industrielle, d'une communauté des juifs venue d’Europe sans un sou en poche sur cette terre nouvelle du capitalisme qui façonne encore notre monde.
 
L’entreprise de l’auteur est démesurée et très ambitieuse tant sur la forme que sur le fond (864 pages et environ 30.000 vers). Ne vous arrêtez surtout pas à cela, vous passeriez à côté d'un très grand moment de lecture. Pour donner une ampleur extraordinaire à la reconstitution historique rigoureuse de ce livre, le vers, que l’on oublie quasiment immédiatement donne un rythme effréné au texte qui se révèle être une véritable épopée ; Nous sommes au galop et avides d'avancer toujours et encore plus loin dans ce livre tout à fait magistral et incontournable.

Critiques : 
"Stefano Massini invente une forme littéraire hybride, (…) il manipule différents tons, joue avec la chanson, l’inventaire, la transcription de vraies voix, pour rendre à nouveau sensible l’épopée dans le présent." - La Stampa

"Leur histoire est racontée à la manière de celle des Karamazov par Dostoïevski dans la seconde moitié du XIXe siècle, ou des Buddenbrook par Thomas Mann au début du XXe siècle." - La Repubblica

 

 
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RACHEL KASHNER
Le Mars Club

Éditions Stock (août 2018)

COUP DE POING 

Résumé : 
Romy Hall, 29 ans, vient d’être transférée à la prison pour femmes de Stanville, en Californie. Cette ancienne strip-teaseuse doit y purger deux peines consécutives de réclusion à perpétuité, pour meurtres. Dans son malheur, elle se raccroche à une certitude : son fils de 7 ans, Jackson, est en sécurité avec sa mère. Jusqu’au jour où l’administration pénitentiaire lui remet un courrier qui fait tout basculer...
 
Oscillant entre le quotidien de ces détenues, redoutables et attachantes, et la jeunesse de Romy dans le San Francisco des années 1980, Le Mars Club dresse le portrait féroce d’une société en marge de l’Amérique contemporaine.
 
Le livre est un chassé-croisé entre les souvenirs des différents protagonistes du roman et ceux de Romy lorsqu’elle était strip-teaseuse insufflant un sentiment de claustrophobie carcéral ; Les flash-back sur le passé des personnages en analysant leur trajectoire permet ainsi d’insuffler une forme de poésie rare au milieu d’un texte politique et social.
C’est une œuvre chorale, ardente et inoubliable, un roman noir virtuose qui nous plonge dans l'Amérique des banni(e)s et des exclu(e)s et la confirmation d’un talent remarquable qui allie conscience sociale et humour coriace ; l’auteur est bénévole depuis six ans dans le plus grand centre de détention pour femmes en Californie ce qui lui permet d’avoir une connaissance intime de ce milieu carcéral.
 
Le Mars Club est un roman qui n’est pas "aimable" mais que vous n’êtes pas prêt d’oublier.