Notre Sélection 2019

 

 
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VÍCTOR DEL ÁRBOL
Par-delà la pluie

Éditions Actes Sud (mai 2019)

Il faut acheter de toute urgence le dernier Víctor del Árbol ; cet auteur est remarquable en tous points : sens de l’intrigue affuté et parfaitement maîtrisé, travail sur les personnages fouillé et pointu, écriture ciselée et poétique, sens de la petite histoire dans la grande histoire et construction très aboutie.

Dans son nouvel opus, il tisse une intrigue dans laquelle il sera notamment question de tenter de refermer les blessures traumatisantes de l'enfance, et de personnages complexes, généralement marqués par la vie mais qui tentent une hypothétique résilience.

Un livre dense et bouleversant abordant le pouvoir de la mémoire, le déterminisme social, les relations père-fils, la dépendance, la liberté individuelle, la transmission, la culpabilité face à l'histoire et plus particulièrement les stigmates de la guerre d'Espagne.

Résumé :
Miguel et Elena se rencontrent dans une résidence séniors à Tarifa. À court de temps, ils décident de s'épauler pour solder leurs comptes avec la vie et se jettent sur la route au volant d'une flamboyante Datsun de 1967. Direction Madrid, Barcelone et Malmö, en quête des vérités qui blessent et d'un amour qui tue.

À relire du même auteur, le très beau "La Tristesse du Samouraï", éditions Actes Sud : cliquez ici.

 
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LLUÍS LLACH
Le Théâtre des merveilles

Éditions Actes Sud (mai 2019)

Mais quel roman solaire, quel plaisir de lecture ! Je vous invite à un voyage merveilleux et musical.
On va vous parler de la vie et de la mort d’un théâtre, de crime passionnel, d'amours interdits, du feu sacré de la vocation, des années de guerre civile et de dictature.
L'auteur, avec une légèreté de ton malgré les sujets graves et profonds abordés, met merveilleusement en scène, dans ce troisième roman, les deux combats de sa vie : la liberté et la musique.

Roger Ventós, le fabuleux baryton que se disputent les plus grandes scènes du monde, voit le jour en 1939 à Sète, fruit de l’étreinte éphémère sur les plages d’Argelès entre un tirailleur sénégalais et une anarchiste espagnole exilée. Pour elle, ex-machiniste de théâtre dans l’ardente capitale catalane, s’ouvre une ère de privations et de solitude, à toujours tirer le diable par la queue, mais la musique est là qui va sauver l’enfant. À l’adolescence du garçon, sa mère est frappée par un mal incurable et l’envoie à Barcelone afin qu’il soit élevé par son oncle dans les coulisses du cabaret où elle a elle-même grandi : le Théâtre des merveilles. Entre mécanismes magiques, décors extravagants et danseuses légères, c’est là, parmi les membres bigarrés de la troupe, qu’il se découvrira une famille aimante pour l’aider à cultiver son inestimable don pour le chant ; et c’est de là qu’il partira conquérir le monde.

Le livre se présente comme une fausse autobiographie et offre une très belle réflexion sur la musique.

N'hésitez pas à découvrir ses précédents romans, c'est une très belle plume avec un univers romanesque foisonnant ("Les yeux fardés" et "Les femmes de la Principal",tous deux publiés chez les éditions Actes Sud en version poche chez Babel).

 
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CHIP CHEEK
Cape May

Éditions Stock (avril 2019)

1er roman : Mais quel talent !

Henry et Effie se connaissent depuis toujours et passent leur lune de miel à Cape May, dans le New Jersey. Hors saison, la petite station balnéaire n’offre guère de distractions – si ce n’est la découverte du plaisir – et le jeune couple ne tarde pas à s’ennuyer.
Leur rencontre avec un groupe de New-Yorkais riches, délurés et avides de plaisirs va leur ouvrir les portes d’un monde insoupçonné.
Cape May devient alors leur terrain de jeu : ils s’invitent dans des maisons vides, font de la voile, se saoulent au gin et marchent nus sous les étoiles... jusqu’à cette nuit où tout bascule.

Il va falloir retenir ce nom car c'est définitivement un auteur à suivre :
- un vrai coup de cœur pour ce roman aux allures Fitzgéraldiennes ;
- une vraie plongée dans les années 50 : on écoute des vinyles sur la platine, en dégustant un gin tonic et l'on entendrait presque le bruit des vagues de cette station balnéaire de Cape May ;
- une intrigue prenante, sexy et glamour : on suit Henry et Effie en voyage de noces en haletant littéralement ;
- une écriture tendue qui donne un rythme fou à ce livre que l'on ne peut lâcher avant la chute.

Dès les premières lignes on sent que ce couple se dirige droit dans la tempête dont il ne reviendra pas indemne :
- On sent le suspense monter progressivement ;
- La tension sexuelle est de plus en plus présente au fil des pages jusqu'au drame.

Une vraie réussite.


 
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FRANCESCA MELANDRI
Tous, sauf moi

Éditions Gallimard (mars 2019)

UN GRAND COUP DE CŒUR : UNE ŒUVRE MAGISTRALE

2010, Rome. Ilaria, 40 ans trouve sur le seuil de sa porte un jeune éthiopien qui dit être à la recherche de son grand-père, Attilio Profeti lui-même père d'Ilaria. Le patriarche de la famille Profeti, 95 ans quand le livre débute, a eu une vie féconde et bien remplie : deux mariages, quatre enfants, et une réussite sociale remarquable.
Cette rencontre avec son prétendu neveu, poussera Ilaria à creuser dans le passé de son père. Son enquête lui fera découvrir les secrets enfouis sur la jeunesse du patriarche.
L'auteur met en lumière tout un pan occulté de l'histoire italienne :
- la conquête et la colonisation de l'Éthiopie par les chemises noires de Mussolini, de 1936 à 1941 ;
- la violence, les massacres, le sort tragique des populations et, parfois, les liens qu'elles tissent avec certains colons italiens, comme le fut Attilio Profeti.

Pourquoi lire ce livre ?
- Ce roman historique polyphonique d'une densité exceptionnelle tisse une trame romanesque vaste et remarquable et apporte un éclairage nouveau sur l'Italie actuelle et celle des années Berlusconi, dans ses rapports complexes avec la période fasciste ;
- l'art narratif de l'auteur nous fait voyager dans le temps, d'une époque à l'autre, en nous narrant l'épopée d'une famille sur trois générations sans jamais nous perdre, bien au contraire en révélant de façon bouleversante et incroyablement documentée, les traces laissées par la colonisation dans nos sociétés contemporaines ; l'auteur nous tient en haleine de la première à la dernière page.

Profitez-en pour lire "Eva dort"du même auteur :

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1397 km : Eva voyage en train depuis son Tyrol du Sud natal jusqu'en Calabre pour rendre visite à Vito, disparu de sa vie trop tôt. Durant ce trajet, c'est toute son enfance et l'histoire de sa mère Gerda qui défilent dans sa tête. Celle-ci, fille-mère, était parvenue à mener une prestigieuse carrière de chef cuisinière quand elle rencontra un sous-officier des carabiniers luttant contre le mouvement indépendantiste, Vito...
Une fresque historique et familiale inoubliable, dressant aussi bien le portrait d'une mère exceptionnelle que celui d'une nation italienne à l'unité encore fragile.


 
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ELIZABETH JANE HOWARD
Une saison à Hydra

Éditions Quai Voltaire (mars 2019)

À sa sortie, en 1959, "Une saison à Hydra" a été salué par les critiques pour sa beauté et son originalité. Il est très heureusement publié en ce début d'année 2019 par les éditions Quai Voltaire.

Londres 1950, Emmanuel Joyce, auteur dramatique à succès vit entouré de son épouse Liliane, oisive et dépressive (elle ne se sera jamais remise de la mort de leur très jeune fille) et de son assistant Jimmy.
Ils cherchent la perle rare pour interpréter le rôle principal de la dernière pièce d'Emmanuel. Entre eux trois s'est tissé un nœud complexe de sentiments et une interdépendance qui explosera à l’occasion de l’arrivée d’Alberta dans leur vie. Elle deviendra la secrétaire d'Emmanuel puis l’actrice de son premier rôle.

On parle de désenchantement à quatre voix, de changements de caps et de visions dans notre vie, de ces moments où soudain, après de longs errements, tout s'ouvre et tout fait sens au prix de sacrifices et d'abandons nécessaires et vitaux pour l'accomplissement de nos destins.

Tout cela sera possible grâce à la pureté, la naïveté, l’intelligence et l'humour d’Alberta qui sera le révélateur pour chacun d’entre eux de leur destinées.

Ce roman qui se passe entre Londres, New York et Hydra est nourri par une écriture tout en nuances alliant un sens du détail, des descriptions remarquables, et des personnages très attachants.

Un vrai plaisir de lecture pour un roman dans la tradition du réalisme à l’anglaise avec une très belle démonstration d’acuité psychologique et de dialogues absolument brillants.


 
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FERNANDA MELCHOR
La saison des ouragans

Éditions Grasset (mars 2019)

IMPRESSIONNANT (1er roman traduit en France)

Inspiré d’un fait divers, la saison des ouragans s’ouvre sur la découverte d’un cadavre. Dans le canal d’irrigation, aux abords du village de La Matosa, 5 gamins tombent sur le cadavre de la "Sorcière", à la fois redoutée et respectée, et connue pour ses talents de guérison, de malédictions et pour ses avortements discrets et clandestins.
Au fil du roman seront dévoilées à rebours les raisons et les événements qui ont mené à son assassinat.

Pourquoi ?
- Le talent de conteur de l'auteur, qui nous livre les histoires des bourreaux et des victimes qui sont autant de mobiles expliquant les raisons du meurtre de cette envoûtante Sorcière ;
- Une intrique policière remarquable mêlée à un formidable portrait du Mexique et de ses démons qui nous laisse en suspens jusqu'à la dernière page ;
- Attention la langue est crue et la violence est là tout le temps ; le roman regorge de folie, de bruits et de fureurs ; mais le verbe est soigné, musical et retranscrit la brutalité avec beaucoup de talent.

C'est un livre sur les pulsions et la violence, la misère, la solitude, la souffrance, l'alcool, la drogue, les moyens de survie qu'utilisent les protagonistes, dans les bas-fonds de la société mexicaine.

C'est un roman coup de poing à lire absolument.


 
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C.E. MORGAN
Le sport des rois

Éditions Gallimard (janvier 2019)

ATTENTION CHEF D'ŒUVRE

"Le sport des rois"est hippique mais cette saga qui se lit au galop ne se limite pas à cela bien au contraire : c’est une épopée américaine remarquablement écrite, au souffle épique comme rarement lue depuis très longtemps.
L’auteur nous plonge de façon vertigineuse dans l’envers du décor du rêve américain sur trois générations et trotte avec force et détermination sur les luttes contre les vagues de l’histoire des États-Unis et les combats contre les tempêtes personnelles qui font s'effondrer les familles.

Chaque ligne de ce roman de 700 pages est indispensable pour comprendre la saga de la famille Forge, famille blanche du sud américain dont la fortune est teintée du sang des esclaves qui a pu faire fructifier la plantation.

Le père Henri, aura dédié sa vie à la recherche de la combinaison génétique idéale pour créer le cheval parfait, une machine de course imbattable ; il est l’héritier d’une lignée autoritaire, habituée depuis des décennies à posséder, commander, dominer et à tout faire plier à sa volonté et en ce compris sa fille unique à qui il transmettra son obsession.

Henrietta, née dans les années 70, sera la clé du changement radical qui fera basculer leurs vies.

Le domaine désormais se consacre à l'élevage de chevaux et la main-d’œuvre à bas coût a remplacé le travail des esclaves.
Henrietta embauchera Allmon en tant que jeune palefrenier noir ; il n’aura de cesse de changer le cours de son destin et de conquérir la fortune qu'il mérite. Il mènera à la victoire une pouliche de légende et bouleversera ainsi l’équilibre malsain de la famille Forge.

Œuvre monde, "Le sport des rois"nous emporte dans un violent et magnifique courant ; l’auteur nous offre une fresque somptueuse. Impossible de lâcher ce livre qui vous tient au cœur et aux tripes du début à la fin.

Les époques s'entremêlent et livrent petit à petit les drames des maîtres et des esclaves blancs et noirs, Hommes ou chevaux.
Avec une très belle écriture, nous est livrée une œuvre dure et amère où le bonheur n’existe pas, où l’on peut tout juste l’effleurer.

"Le sport des rois"est un livre dense qui se mérite : mais quelle récompense à l'arrivée !
Plongez-vous dans cette univers romanesque exceptionnel : un grand roman américain !


 
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FANNY WALLENDORF
L’appel

Éditions Finitude (janvier 2019)

ATTENTION PÉPITE
BIOGRAPHIE ROMANCÉE DE RICHARD FOSBURY

États-Unis, début des années 60 : c'est l'histoire de la vocation d'un jeune sportif de 14 ans, Richard : très grand pour son âge, il pratique, un peu par raison, le saut en hauteur.
Au lieu de passer la barre en ciseaux, comme tout le monde, et parce qu'il plafonne depuis plus de 4 ans à la même hauteur, il la passe sur le dos et invente ainsi, sans le savoir, malgré lui, et n'obéissant qu'à son instinct, le saut Fosbury à qui il donnera son nom ; il révolutionnera ainsi cette discipline pour l'emmener jusqu'aux jeux olympiques d'été de Mexico de 1968 et à la médaille d'or à 2,24 m.
Il va créer ainsi le mouvement parfait, et l’accomplissement de sa vie.
 
Ce livre est formidable et fascinant, car au-delà du sport et de l'anecdote, il nous parle de nous et de notre capacité ou non, à nous dépasser, dans un monde ou tout peut nous paraître hostile, complexe et impossible.
 
Ce sont la répétition, l'acharnement, une volonté à toutes épreuves, la fureur qui le poussent à se dépasser inlassablement envers et contre tous les préjugés de tous : coachs, presse, amis, famille. Mais c'est surtout l'envie de vaincre et de gagner irrépressible qui vous rend quasiment invincible ; le monde est à portée de main quand nous mettons tout en œuvre pour y arriver et que nous ne nous laissons pas influencer.
 
Il parle des sensations qui fusent sous sa peau, de sa présence totale au monde, de sa fusion avec l'instant ; du fait qu'il n'a aucun truc, aucune méthode mais qu'il ne saurait faire autrement : c'est l'envie qui le meut ; c'est tout ; c'est TOUT !
 
Pour un premier roman quelle très belle réussite, quelle maîtrise : ne vous arrêtez surtout pas à la performance sportive, que vous aimiez le sport ou non, ce livre vous embarque loin très loin avec le ciel pour seule limite.

Comment être original dans un monde conformiste ? 
Un roman sur le corps, le plaisir du mouvement et la concentration, magnifiquement lumineux. Une ode à la vie, à la fantaisie, à la persévérance, vous ressortirez émerveillés de cette histoire originale, forte.


 
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FRANCK BOUYSSE
Né d’aucune femme

Éditions La Manufacture des livres (janvier 2019)


Franck Bouysse, dont je vous ai déjà parlé avec le remarquable "Glaise" (cliquez ici), nous revient avec un véritable bijou, oscillant tout à la fois entre roman noir, thriller, roman psychologique, roman d'amour et roman historique.
 
Autour du destin d'une femme, Rose, dont l'histoire sera racontée tour à tour par les différents personnages de sa vie, il tisse avec un talent de brodeuse une histoire et un destin exceptionnels.

Il saura ainsi nous dévoiler très subtilement et avec une tension croissante, l'histoire tragique et magnifique de Rose.
 
Appelé à bénir le corps d'une femme internée dans un asile, de force, un curé récupère les carnets que Rose a laissés, et dans lesquels elle raconte son histoire.
Vendue à 14 ans par son père comme servante au Maître du château, elle entre dans une spirale d'horreur absolue ; Les secrets douloureux et dramatiques nous sont dévoilés petit à petit par chacun des protagonistes qui prennent voix à tour de rôle.
 
Je ne vais pas dévoiler ici le cœur du livre, mais sachez que malgré un univers dur, âpre et parfois très sombre, l'écriture délicate, et virtuose de l'auteur réussit à faire cohabiter avec maestria, l'horreur et l'abjection les plus extrêmes, avec une poésie et une beauté rares, qui font de ce texte "in fine" une œuvre plongée au cœur du mal, flamboyante, magnifique et rédemptrice.
 
Écrit à l'écorché, ce livre ne vous quittera plus. Attention c'est un choc et un très grand livre.
 
Extrait :
"Les mots, j'ai appris à les aimer tous, les simples et les compliqués que je lisais dans le journal du maître, ceux que je ne comprends pas toujours et que j'aime quand même, juste capable de m'emmener ailleurs, de me faire voyager en faisant taire ce qu'ils sont dans le ventre, pour faire place à quelque chose de supérieur qui est du rêve. (...) Ils sont de la nourriture pour ce qui s'envolera de mon corps quand je serai morte, ma musique à moi. C'est peut-être ce qu'on appelle une âme."


 
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ALEXANDRIA MARZANO-LESNEVICH
L’Empreinte

Éditions Sonatine (janvier 2019)

Un vrai choc littéraire qui vous marquera profondément dans la lignée de séries documentaires comme "Making a Murderer" mais surtout de l'incontournable "De sang-froid" de Truman Capote ; ce récit est un tour de force d'une grande puissance narrative qui mélange avec maestria à la fois le thriller, l’autobiographie et le journalisme d’investigation.
 
L'auteure est étudiante en droit à Harvard, et une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur et violeur pédophile, emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n’aura alors de cesse, d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable. 
 
Elle devra explorer ce dossier pour en déterminer les tenants et les aboutissants mais aussi les causes, l'origine de ce mal, qui fait tant écho au sien.
L'auteure pour faire émerger son histoire personnelle bouleversante, fera un travail d'investigation colossal : 30.000 pages de documents (procès-verbaux, rapports de sérologie, lettres, dossiers psychiatriques, presse, minutes de procès) pendant dix ans ;
 
Le talent de la narratrice est d'entremêler deux fils narratifs majeurs qui s'entrecroisent au long des pages sans jamais nous perdre : 
La vie retracée de Ricky Langley et les origines du Mal qui l'habitent et la vie de l'auteure elle-même, son enfance au sein d'une famille en apparence lisse, mais dont le grand père pédophile, viendra pendant des années, violer l'auteure ainsi que sa petite sœur dans le silence et la lâcheté assourdissants du reste de sa famille et de ses parents.
D'une écriture crue et très réaliste l'auteure ne nous épargne pas mais surtout ne s'épargne pas elle-même.
 
Grande réflexion sur le poids du silence, la famille et l'appartenance, les violences faites aux enfants, les blessures que se transmettent les générations, la vengeance et surtout la capacité ou non du pardon et de la rédemption. 
 
Un récit bouleversant… humain, dérangeant, éprouvant sur les prédateurs sexuels, la pédophilie, les traumatismes d'enfance, l'inceste, la peine de mort... qui nous démontre que "L'Empreinte" de blessures intimes, peut déterminer nos comportements et nos convictions. 
 
C'est un livre sur l'épaisseur du temps qui pose une question fondamentale : comment se désencombrer du passé ? Mais également et surtout peut-on : en essayant de le comprendre, pour autant pardonner le passé s'il est impardonnable ?
 
"Quand le passé est en soi, comment fait-on pour l'extraire de soi."

"Sous la surface de ce qui peut être dit, subsiste la vibration d'un monde qui n'appartient qu'aux ténèbres."


 
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JULIAN BARNES
La seule histoire

Éditions Mercure de France (septembre 2018)

"Il n’y a que le dernier amour d’une femme qui satisfasse le premier amour d’un homme" Balzac, "La Duchesse de Langeais".
 
Il y a des choses que l’on oublie jamais. Tout commence 50 ans plus tôt dans une banlieue résidentielle de Londres.
Années 60, Paul a dix-neuf ans et s'ennuie un peu cet été-là, le dernier avant son départ à l'université. Au club de tennis local, il rencontre Susan - quarante-huit ans, mariée depuis 25 ans, deux grandes filles - avec qui il va disputer des parties en double. Susan est belle, charmante, chaleureuse. Il n'en faut pas davantage pour les rapprocher… un scandale. La passion ? Non, l'amour, le vrai, total et absolu, que les amants vivront d'abord clandestinement. Puis ils partent habiter à Londres et décident de vivre leur amour plutôt que de le rêver : Susan a un peu d'argent, Paul doit continuer ses études de droit. Le bonheur ? Oui. Enfin presque car, peu à peu, Paul va découvrir la fêlure de Susan, qu'elle a soigneusement dissimulée jusque-là : elle est alcoolique. Il l'aime, et ne veut pas la laisser seule avec ses démons. Il va tout tenter pour la sauver, combattre avec elle ce fléau et continuer à prendre soin d’elle vaille que vaille au fil des années . En vain... Mais lui, alors ? Sa jeunesse, les années qui passent et qui auraient dû être joyeuses, insouciantes ? Il a trente ans, puis trente et un, puis trente-deux. Vaut-il mieux avoir aimé et perdre ou ne jamais avoir aimé ? Une question dés la première page de ce livre en est le coeur et le condensé : "Préfériez -vous aimer davantage, ou aimer moins et moins souffrir ?" 
Paul va tenter de survivre à cette passion qui peu à peu se lézarde, s‘abîme et se fracasse sur le principe de réalité de la vie ; leur différence d’âge devient de plus en plus cruelle pour Suzanne qui sombre ; Ce livre qui commence sur un ton de légèreté nous dévoile petit à petit avec maestria les coulisses de plus en sombres de cette magnifique et bouleversante histoire d’amour.
C’est un magnifique mais terrible, roman sur l’usure du temps, la fidélité et l’amour qui ne veut renoncer.

Nous retrouvons ici le Julian Barnes de ses débuts à son meilleur ("le Perroquet de Flaubert" mais surtout "Une fille qui danse"… entre autres) et cela fait du bien ; c’est une oeuvre mélancolique qui serre le coeur et dont l’on ne revient pas tout à fait la (le) même.

Un roman beau à pleurer.
 
Extrait : 
"Un premier amour détermine une vie pour toujours : c'est ce que j'ai découvert au fil des ans. Il n'occupe pas forcément un rang supérieur à celui des amours ultérieures, mais elles seront toujours affectées par son existence. Il peut servir de modèle, ou de contre-exemple. Il peut éclipser les amours ultérieures ; d'un autre côté il peut les rendre plus faciles, meilleures. Mais parfois aussi, un premier amour cautérise le cœur, et tout ce qu'on pourra trouver ensuite, c'est une large cicatrice."